‹ Histoire de la royauté considérée dans ses originesChapitre 27 sur 191 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

pas aux plus considérables des sénateurs et. des chevaliers. C'était la n^iit. En arrivant, ils trouvèrent une salle entièrement tendue de noir; les murs, les meubles^ les colonnes , le pavé môine^ tottt était en deuil. Au lieu de coupes d'or on leur apporta de la vaisselle de lave ; pour garniture de table ils trouvèrent des statuettes funèbres, de petites pyramides sépulcrales, avec des lampes, des urnes lacrymatoires et leurs noms sur des sarcophages. Gomme aux cérémonies des funérailles, tout fut disposé par des espèces de spectres, qui formèrent autour des convives les danses les plus effrayantes. Pendant cette pantomime, Domitien, assis au haut bout» ne parlait que de carnage et de massacre* Mornes et silencieux, les sénateurs se croyaient à leur dernier moment. Le festin desservi^ on les congédia, on les jeta dans des litières mystérieuses, escortées de gens déguisés ou masqués. Leur terreur redoubla, lorsque à peine rentrés dans leurs maisons on vint les demander encore de la part de l'empereur. Enfin, dèsqu'ils furent arrivés au dernier paroxysme de la terreur , on leur apporta des présents du prince: l'un reçut un sarcophage d'argent, l'autre un beau plat d'or, tous un des jeunes esclaves qui les avaient épouvantés par leurs danses furibondes. 11 se trouva que ce terrible festin n'était qu'une cérémonie religieuse^ une pompe commémoralive des soldats morts sur le champ de bataille , datts la

Dacie. Il fallut encore applaudir à la piété, au patriotisme de César (i) !

Commode 8*7 prenait avec moins d*art ; il necherchait pas de prétextes, il faisait assister le sénat aux combats des gladiateurs et lui ordonnait de crier trente fois de suite : < César, tu es le maître, tu es f le premier de tous, tu l'emportes sur tous, tu as « été de toute éternité un Amazonien! » Pendant ces cris d'allégresse, le bruit se répandit qu'à Timitation d'Hercule, vainqueur des géants, le prince allait tirer des flèches sur les spectateurs. Pour rendre ce soupçon vraisemblable, on avait réuni .sur un même point, les malades et les impotents de la ville, après avoir enveloppé lejurs jambes dans des linges tordus en forme de serpents. Commode parut dans l'arène et assomma ces malheureux à coups de massue. Les sénateurs tremblaient au fond de leurs tribunes; on leur avait aussi lié les jambes. « Nous ne craignions pas moins que la populace » raconte Dion Gassius ; « nous attendions à tout moment qu'on nous massacrât; car , » ajoute le sénateur^ par une transition peu logique, a César venait de couper le cou à une autruche. La saisissant de sa main gauche, tandis que sa droite brandissait une épée sanglante, il passa devant nous et hocha de la tète comme pour nous témoigner qu'il nous en ferait autant. » L'historien prétend que plu-

(1) Dio.Cass. LXVII.c.8ei9.

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