‹ Histoire de la royauté considérée dans ses originesChapitre 28 sur 191 · LIVRE U · texte numérisé non relu

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sieurs sénateurs se mirent à rire, ce qui n'est guère croyable ; quant à Dion Im-mème, il arracha quelques feuilles de sa couronne de laurier, et se mit à les mâcher, pour n'être point soupçonné d'atoir ri (4).

Dans nos mœurs, de telles scènes accuseraient un plan formé d'avance, un avilissement systématique du sénat. En était-il réellement ainsi ? Thrasea fut condamné par Néron à paraître sur le théâtre, mais Tacite, qui le raconte avec colère, nous apprend dans le même récit que Thrasea avait déjà volontairement joué un rôle dans une tragédie (2). Néron lui-même, d'ailleurs, n'était-il pas histrion, et pouvait-il estimer indigne d'un sénateur ce qui . ne lui semblait pas une tache à sa pourpre ? Lorsqu'il jetait dans le cirque des hommes et des femmes, non seulement de l'ordre équestre, mais d'un rang sénatorial et consulaire ; lorsqu'il leur faisait exercer en public le métier de danseurs et de joueurs de flûtes, et que, selon la peinture énergique mais un peu déclamatoire de Dion Gassius, un Macédonien disait en les montrant du doigt : Voilà le petit-fils de Paul*Emile; et un Grec : voici celui de Memmius; tandis que TAsiatique reconnaissait

(1) Dio. Cass. XXYII, 30, 91.

(9) « Javenaliam ladicroparùm exspectabilem operam praebnerai; eaqae offensio alûùs penetrabat , quia idem Thrasea Patavii, ' QDdèortas erac, ladis caesUcIs, à Trojano Antenore insUtuUSy habita tragieoeednerat. » Tacit An. XVI, 91.

Lucius ; ^Espagnol , Publius ; le Carthaginois , Scipion ; le Romain, tous : il faut accuser les mœurs, les fatales mœurs de celte époque, bien plusencore qu'une envie de diffamation préméditée. Les empereurs n'étaient certes point exempts des flétrissures imprimées au patriciat; en le condamnant à la honte, ils ne le vouaient pas à un châtiment ; ils l'admettaient à un partage. A côté de ces vierges nobles, de ces matrones livrées aux caprices luxurieux d'un despote , il faut placer tant de femmes de la maison Julienne , tant de filles de Césars, jouets de la même licence. Des princes qui oubliaient les noms de pères ou de frères, pouvaient-ils respecter le frein de la loi dans les mariages de leurs sujets? Brûlés par la fièvre du pouvoir, ils passaient tour à tour du vice au crime et du crime au vice ; ils associaient les premiers personnages de l'empire à leurs déportements, mais s'ils ne les souffraient pas moins pervertis qu'enx-raémeS) ils ne les voulaient pas plus souillés.

Quant aux exécutions capitales, on sait qu'une inextinguible rapacité les dictait plus encore que la soif du sang. Rome s'enorgueillissait de ne point payer d'impôts. Les Césars battaient monnaie au fond des gémonies, comme Robespierre à la barrière du Trône. Un mot de Dion d'une naïveté terrible caractérise cet état de choses mieux que l'éloquence de Tacite. Il raconte la proscription d'un sénateur

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