‹ Histoire de la royauté considérée dans ses originesChapitre 29 sur 191 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

et ajoute froidement : « Ce fut un^ méprise : Julius Sacerdos était riche, mais pas assez pour être tué »

.Etrange gouverneraeni ! Jkimais conditions plus bizarres ne furent imposées par le pouvoir d'un seul h la docilité du grand nombre; jamais rég[me politique ne fut moins simple , moins naturel, plus enveloppé des ambages et des artifices d'une civili* sation vieillie. C'est mystérieux cûmme un oracle , sombre et sourd comme un antre, captieux comme une énigme. A chaque pas les erreurs sont prévues et les chutes inévitables. Le devoir est rendu impossible par sa multiplicité et ses ténèbres. Où trouver un asyleet un recours? Le tribun perpétuel venge le père de la pairie , le préfet des moavrs protège le prince du sénat , le consul s'abriâe derrière le bouclier de Tlmperator , et le souverain pontife les couvre tous de sa robe de prêtre. Néron voulait absolument impliquer le consul Vestinus dans la conspiration. d'Epicharis. Il n'y avait contre lui ni déposition ni accusation. Néron, d'après la loi, ne pouvait le condamner comme juge. Il y suppléa par sa puissance militaire : en qualité dHmperator, il fit saisir Yestinus dans sa maison qu'il déclara citadelle parce qu'elle était placée sur une hauteur et qu'elle dominait le Forum (1).

(1) ce Igilur non crimine , non accnsatore existente, quia specîem J4idi€isinduere nonpoterai, advimdominationisconversus. . . .

Quelle est donc la natare de ce pouvoir, quelle est cette hydre à six tètes ? Est-ce une monarchie , est-ce une république ? Autant de questions sans réponse, autant de pièges sans issue. Rome est toujours un état libre; elle n'a point de chef avoué, aucun titre ne le désigne à l'amour ou à la terreur publique ; toutes les magistratures sont conservées} elles demeurent réparties entre un grand nombre de personnes d'élite, et pourtant ce chef sans nom existe pour les absorber toutes; elles sont à la fois distribuées et réunies ; c'est en vertu de ces magistratures, c'est en leur nom qu'un homme surveille ^ gouverne, récompense et châtie. Epée froide et nue, sans aucun signe à sa poignée, suspendue sur toutes les tètes et reconnaissable seulement à son tranchant.

jabet oocopare velui arcem ejus quia VesUniu

imminentes foro aedes habetat. » Tac. An. XY, 09.

KlTALlTft NÉCESSAIRE OU SEMAT ET DBS EMPBRBVRS RO- MAINS* — ABSBNCB DU PRE8TI6B DTMASTIQUB. — LBS CiSARS ^EFFORCENT D'T SUPPLÉER. — LA GARDE PRÉTORIENNE FA- TORAELE A L'HÉRÉDITÉ. — LA ROTAVTÉ ÉTAlt-ELLE MÉPRI- SÉE A ROME P ^ CLÉOPATRB. ^ NAPOLÉON TROMPÉ PAR CORNEILLE. — CORNEILLE ET NAPOLÉON RÉFUTÉS PAR LES FAITS. — -OPINION DE CICÉRON SUR LA ROYAUTÉ.

t Taeîte , » disail Ttapoléan , « n'a pas assez expliqué ses tyrans. »

En ^t, lorsqu'on -voit les mêmes phases se r6« produire périodiquement atec une exactitude mathématique : trois ou quatre années de mansuétude ouvrir tous les régnes, et servir d'invariable préface

Si HISTOIRE DE LA ROYAUTÉ.

aux mômes massacres , aux mêmes confiscalions ; lorsqu'on voit surtout les divers ordres de Tétai jouer dans ces atellanes sanglantes des rôles notés à ravancc comme par la mélopée du théâtre anti* que, on reconnaît à Tinstant la force des choses, indépendamment des hommes, Teffet d'un mauvais gouvernement qui s'était creusé une ornière profonde et inévitable où tout venait s'engloutir : les Dieux, les mœurs et les lois.

A examiner de près les divers éléments du système impérial, il n'y en a pas un qui n'apportât dans cette constitution vicieuse, un contrepoids également vicieux. Qu'on se demande» par exemple, si les Césars pouvaient se passer d'une garde prétofîennet

Non assurément (i); elle leur était indispensable pour assurer l'hérédité dans la maison Julienne, contre le vœu et les efforts du sénat : ce corps voulait avant tout et à tout prix empêcher un établissement dynastique. Dans ce gouvernement, l'hérédité du trône n'était pas même une fiction légale ; elle n'était avouée de personne, pas plos de ceux qui y tendaient, que de ceux qui y mettaient obstacle* Dans le langage officiel, ni le mot n'était prononcé , ni l'idée admise. Auguste

(1) « Ha garde impériale anaal eût pa devenir fatale aoos une « autre main que la mienne. » — Mémorial de Sainle-Hëlène. T. 111, cÉiquième partie.

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hnH pttBStoim^aieni désiré , fonder une djnasiio, mis ee vomi ardent , deviné de toos, Auguste ne Tavooa jamais. 11 blâma les honneurs r^dos à sw fils d'adoption. A peine le nom de César, le titre sssex ifsgue de Princes de la Jeunesse^ les distin*<guaient-ils de la foule. Cependant , à Tombre de cette modération affectée » tout était mis en usage pour réaliser l'hérédité dont on n'osait parler et (fâ était indispensable à la consolidation du gou* vernement nouveau. C'est là le tice radical de l'empire romain ; il renferme, il résume tous les astres : loi de lèse-majesté, confiscation arbitraire i testaments extorqués, intervention de la milice; tout fut causé par l'incertitude de la successiouj par la diversité, la contradiction des droits héréditaires. La naissance, la consanguinité, l'adoption, venaient tour à tour se heurter et se combattre. L'hérédité était mal définie ; la possession du pouvoir suprême n'était pas un droit et n'avait pas même d'enseigne, car l'hérédité était sans nom, comme l'héritage. Aussi, quelles révolutions, quelles guerres dans la maison d'Auguste, à son foyer, sous ses yeux, dans son h'tl Au bruit des adulations du sénat et du ehant des poètes, sous ces voûtes mo* destes mais souveraines, dans les vases murrhiujS et sar les trépieds d'or , brûlait sourdement le poison, feu sacré, confié à des yeux plus vigilants que ceux des vestales. Par une convention tacite, la

main de Julie promettait l'empire ; la ûlle d* Auguste promenait cette espérance d'époux en époux : Marcellus, Agrippa » succombèrent; Tibère survécut seul et triompha; Julie, elle-même, tomba brisée. Les enfants d' Agrippa périrent, le palais fut rempli de meurtres. Les trônes héréditaires sont parfois ensanglantés , mais avec moins de régularité et de méthode. Parmi nous, les assassinats sont des crimes et les révolutions des événements exceptionnels. La royauté, quelquefois élue, n'est jamais élective : l'hérédité est toujours rétablie et conservée. Il n'en est pas ainsi de l'abolition ou du maintien des volontés dernières d'un prince électif. C'est par exception que Titus respecta celles de Yespasien , son père; c'est aussi par exception que le parlement cassa le testament de Louis XIV, au nom de Louis XV; mais c'est de droit que Caligula fit la même injure à la mémoire de Tibère (i). Dans l'empire électif, les règnes s'isolent ; dans la royauté héréditaire ils s'enchalneai.

Rien ne pouvait inspirer aux Césars l'esprit de conservation et d'hérédité; ni la constitution de l'Etat, nï la puissance impériale négative dans sa forme, aggressiye dans son emploi. La nature elle-

(1) « Naiura aalem beiievolenU88imus,qaaai ex îasciluio Tîberîî omnes dehîoc Castres bénéficia a soperioribus coBcessa prucipibas, alicer raui non haberent, qnamsi eadem iisdem et ipsis dedbsent : primus praeleriuioninia uno confirmavit ediclo. » Suei. TU. Vifr.

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même semblait complice de ces iDfttitutions. Peu d'entre les Césars eurent des enfants mâles, et, lorsqu'ils en avaient , leur sens paternel était devenu telleroenl oblus par l'habitude de l'adoption, qu'ils préféraieatdes héritiers élus à leurs fils légitimes* N'étant les pères de personne ^ ils ne pouvaient être ceux de la patrie.

Dans l'opinion de ces princes eux-mêmes , l'empire était une possession viagère. Nul sentiment de stabilité ni de durée ne les portait à ménager, à^ cultiver» à féconder ce terrain qui pour la plupart d'entre eux ne fut jamais qu'une ferme d'exploitation passagère. Ils étaient tellement pénétrés de ce qu'il y avait d'aventuré dans la possession de l'empire» d'improbable dans sa transmission directe , qu'ils ne reconnaissaient jamais en principe les actes de leurs prédécesseurs. A Rome, le mort ne saisissait pas le vif, mais tout mourait à la fois. C'est la différence essentielle entre l'organisation romaine et celle de la monarchie héréditaire.

Tous les dix ans Auguste sollicitait du sénat le renouvellement de son mandat; sans s'exprimer avec autant de précision , ses successeurs célébrèrent chaque décade par des sacrifices et des fêtes. Ils témoignèrent ainsi hautement , que souverains de fait, ils n'étaient en droit que des délégués du sénat et du peuple , chargés de tous ses pouvoirs,

sans qu'aucun émanât d'eux-mêmes. Néron se sou- I. 3*

mettaitàceltedoctrinecommeTitusouMarc-Aurèle; elle était la seule correcte, la seule légale, la seule orthodoxe; elle tenait à la loi religieuse aussi bien qu'à la loi civile. On a accusé Auguste d'hypocrisie ; c'est à tort. Gomme Romain^ Auguste ne pouvait pas agir autrement. Entre cette autocratie par agglomération de pouvoirs et Tautocratie par hérédité, il n'y avait pas de tiers-parti à prendre. La royauté écartée, le principatus devenait seul praticable. C'était en outre un gage contre le retour de la royauté. En effet, rien ne ressemble moins au pouvoir royal que cette mêlée, cette émeute d'attributions hétérogènes. Une autorité décennale , et par conséquent temporaire en droit , n'imprimait pas un caractère dynastique à ceux qui en étaient revêtus. L'empire, aux yeux du sénat, ne représentait qu'une commission, une délégation, llenverser un César, c'était punir un mandataire infidèle; aussi ne voit-on dans les révolutions du palais de Rome aucune trace de ces combats d'opinion et de con science qui se mêlent à tous les événements do cette nature, dans les pays accoutumés à la royauté. A Rome , Pattentat contre le prince n'est jamais un crime ni un sacrilège. Tué , il meurt simple citoyen romain , quelquefois même citoyen dégradé et déchu. On ne voit point sa Temme, ses héritiers^ former un parti, se grouper autour de son tombeau, et chercher à défendre sa famille. Jamais

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