LIVRE
venirs. Caligula ôta aux Torquatus leur anneau. Auguste avait agi plus adroitement en accordant la même parure à des spadassins (1).
C'est surtout pour suppléer à ce qui leur manquait sous le rapport de la dignité et de la noblesse dynastiique , que les Césars s'attribuèrent la loi de lèse-majesté^ plus odieuse encore aux Romains par cette application sacrilège que par ses suites sanglantes. L'ignoble armée des délateurs, les fils espions de leurs pères , les femmes de leurs maris , les esclaves de leurs maîtres ; enfin toutes les horreurs renouvelées des' guerres civiles , excitèrent une indignation dont Tacite nous a laissé d'immortelles empreintes; mais ce qui surtout révoltait Taristocratie romaine, ce qui la pénétrait d'une sourde colère , d'une impuissante rage, c'était de voir ce mot de Majestas , cet abrégé radieux de toutes les splendeurs du sénat et du peuple, transporté è une famille, à un magistrat décennaU à un délégué du pouvoir public , à un usurpateur de la puissance suprême.
Il ne faut jamais perdre de vue que rétablissement civil de Rome était une religion ; les termes mêmes de la langue politique étaient empruntés à la théologie ; les légistes aussi bien que les prêtres dont ils n'étaient pas séparés , ne parlaient que de droit sacré (jv$ sacrorum), de choses sacrées {sacrayy
(l}Dion€ass.
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ces expressions , et Cicéron le dit expressément dans son traité des Lois, ne s'appliquent pas d'une manière spéciale à la religion, mais intéressent également la cité (1). Ce mysticisme traversa toute la république romaine. Limité d'abord au patriciat, le droit divin ou sacré pénétra plus tard dans le peuple; et les plébéiens mirent à la conquête de cette sanction religieuse autant d'ardeur , autant de patience et d'héroïsme qu'à la constitution de leur droit politique. Jusque là, un plébéien était une sorte d'excommunié. Une patriciettae marîéeà un homme de cet ordre Tutexelue par les matrones de l'usage des choses sacrées , et cependant ce plébéien (L. YolumnkÊ$)éUit alors consul. Ceci se passait en 45^0 ; époque où les mariages mixtes étaient déjà permis par la loi ; mais le fanatisme et les mœurs étaient encore plus puissants que les tables d'airain.
L'empereur ne pouvait régner que par une force malérielleet par un droit fictif; cependant la fiction ne pouvait aller dans aucun cas jusqu'à l'usurpation de ce droii sacré qui» dans les idées romaines, n'appartenait à aucun homme en particulier» mais collectivement à la cité : il l'osa pourtant. Ce fut un attentat , un sacrilège mille fois plus insolent que l'apothéose. La déification après la mort n'était pas sans exemple dans les annales de la république.
(1) «Qood sequitur vero , non sohiin ad reKgionem pertinet. » — Cieer.deLeg.il, 19.