‹ Histoire de la royauté considérée dans ses originesChapitre 35 sur 191 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Henri \III traita la chambre haute d'Angleterre. On sait ce que le despote a fait de ses nobles lords : insultes, confiscations, bannissement, supp^lices publics , rien ne leur fut épargné ; sept contrats de mariage furent entérinés par les pairs et presque tous scellés d*une empreinte sanglante. L'accusateur de la veille devenait la victime du lendemain , et cependant c'est Henri YIII qui organisa la pairie anglaise. Le classement, la hiérarchie, les formules dont elle est si fière, les richesses dont elle est comme accablée, son éclat extérieur^ symbole et soutien de sa puissance réelle , tout date de Henri Tudor.

Les Césars foulèrent le sénat aux pieds , ils le déchirèrent dans ses membres les plus vigoureux , dans ses parties les plus nobles , mais jamais ils n'osèrent le détruire. Ce serait sans doute faire injure même à Louis XI ou à Philippe U que de les comparer aux successeurs immédiats d'Âuguslc , maisen écartant ce parallèle, en avouant que nulle violence contre les individus n'a surpassé les attentats des Césars, on peut dire qu'ils montrèrent pour le corps aristocratique pris en masse, plus de respect qu'aucun des rois modernes. Je vois sans cesse des sénateurs avilis, dépouillés et massacrés; mais sans comparer les parlements de France au sénat de Rooie, je ne vois rien qui ressemble à la ruine entière de ces assemblées , à leur remplacement par

une commission arbitrairement nommée et môme au ridicule exil de Bourges ou de Pontoise.

Le sénat , quoique abaissé dans les individus , était donc puissant» même redoutable par sa masse et surtout par son nom. L'ironie haineuse et souvent meurtrière des empereurs attestait cette puis* sance. On n'abhorre que ce qu'on redoute. Des exécutions partielles, des affronts périodiques, n'entamaient pas ce grand corps. Il résistait aux insultes, semblable aux murailles extérieures de Rome, souillé comme elles, mais non moinsindestructibte.

De part et d'autre , il n'y avait de possible que l'oppression ou la tyrannie. Les actes de Galigula sont en grande partie attribués à la démence ; mais quoiqu'on y reconnaisse souvent avec certitude les signes d'une imagination vagabonde et d'une raison troublée, il ne &ot point attribuer invariable* ment au mal physique tout ce qui, dans la condoile de quelques Césars ^ s^écarte des maximes et des institutions romaines. Cette prévention des conteoi* porains a été adoptée un peu au hasard par les écrivains des époques postérieures; ainsi lorsque Galigula ceignit le diadème y fut sur le point de remplacer la décoration du PrmeipaiuB par les insignes de la royauté, et voulut quitter le titre d'emperear pour celui de roi (1)^ il no faut point voir un cas

Cl) a Nil mullùin abfnU quin stalîm , diadeina sumeret, specîenqve prîDcl|HiUis in regnis forma eonvertereli veràm admoai-

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physiologique dans une résolution imprudente sans doute, puisqu'elle coûta la vie à celui qui osa la prendre , explicable toutefois par une politique sé« rieuse quoique prématurée.

Les Romains ne pouvaient s'habituer au titre de roi» La royauté n'était pas possible parmi eux. Mûrs pour la chose, il6 ne Tétaient pas encore pour le nom ; un esprit public soigneusement entretenu pendant plus de cinq siècles portait à ce nom un ressentiment très vif, mais difficile à définir. Malgré une aversion réelle ei une sorte de prétention au dédain, ce n'était pas de la haine^ bien moins encore du mépris^ c'était un sentiment mixte qui aurait certainement atteint ces deux limites extrêmes, riForgueil de Rome, supérieur à tout autre instinct, loi avait permis de répudier et de désavouer une portion quelconque de ses annalesé Sans doute lu royauté avait été proscrite avec ses représentants. Vignominieux symboles , des formules façonnées

tai ei principiini et tefom te excessisse fttUgiinn , diyiitmn ex eomajesuiemassererefiîbioœpH. . . . Quidam eom Jovem Lalialem consuluerSnt. Siel. in Calig. XXII. His elaïus, doninum M, aique issigne regni capiU neccere lentaveral

lu Romae regia polestas firmau, proditumque aper-

tîùs, mortaliuin conaïus vaciios a fortuna vanosqae esse. » Aurel. Vkt. deCaes. lU. — Conçoit-on que sur un objet aussi important Casaubon, Beroald , enfin tous les commentateurs de Suétone, n'aient donné rien de mieux que quelques notes philologiques trèsiBsigniiantes?

par la colère, avaient signalé cette révolution. Si Ton s'en rapporte à quelques traits des historiens et des orateurs que nos poètes et principalement nos tragiques ont trop naïvement copiés, le dernier des Romains devenus libres, se jugeait supérieur à Tarquin-ie-Superke. Cette idée, fausse, mais brillante^ s'accrédita surtout en France, vers la Fronde, ^n devenant la base des tragédies romaines, du grand Corneille. Napoléon avait le bon goût de les aimer passionnément; il les faisait représenter plusieurs fols l'année à Fontainebleau, à Saint-Cloud, et les relisait sans cesse dans le désert de Sainte-Hélène (1); mille fois il avait entendu :

« L'iBdi{;ae ambition que ton cœur se propose !

« Pour être plus qu'un roi , tu le crois quelque chose (2);

OU bien :

• . . . . Qu'on llionore ici , mais en dame romaine ,

• C'esl à dire un peu miens qu'on n'honore la reine (3);

ou bien encore :

• Connaissez-vous César, de lui parler ainsi ? « Que m'offrirait de pis la fortune ennemie ,

« A moi qui liens le irdne égal à l'infamie ?

« Ceries , Rome à ce coup pourrait bien se vanter

« D'avoir eu juste lieu de me persécuter;

• Elle qui d'un même œil les donne et les dédaigne ,

« Qui ne voit rien aux rois qu'elle aime ou qu'elle craigne^

(I) « J'aurais fait Corneille prince. » Mém! de Sainte-Hélène. (9) Corn. Cinna, 111,4.

(3) Corn. Pompée, III, 4.

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