LIVRE I
deBrois dissous dans une nait d'amour ^ la conque de Yénus ressortant après tant de siècles du fond des mers ; tous ces prodiges , vrais au fond, grossis démesurément par le bruit public , prenaient la couleur et la forme des fables mylé* siennes. Il semble qu'ouvrant un monde nouveau comme l'Hélène de Faust , Cléopâtre ait devancé la chevalerie , et que les chants des ménestrels se soient déjà vaguement fait entendre dans l'avenue des sphinx de granit rose. De jeunes Romains l'appelaient leur dame et portaient son chiffre gravé sur leurs boucliers (1). Les prestiges de cette époque se réunissaient tous sur Gléopâtre. Aussi quel désir de l'emmener captive , de traîner au char triomphal la fatale beauté , le démon d'Egypte ! Quelle douleur de ne trouver qu'un cadavre, là où Rome croyait saisir la royauté palpitante ! En vain Octave invoque tons les secours, en vain les Psylles sont appelés pour sucer la plaie mortelle ; des^ ôtres fabuleux , comme la fille de Ptolémée , pouvaient seuls la sauver ; mais elle est morte parce qu'elle a voulu mourir. Mort très belle y en effet, et
très digne d'une dame issue de tant de rois {2)1
L'anecdote de l'aspic , répandue par la police d'Octave , circula rapidement et obtint une popularité admirative sur laquelle on ne comptait pas.
(1) Dion Cassias.
(9) Plutarque d'Amyot, vie d'Antoine.
La mort de Cléopâtre grandît sa ¥ie; c'esl alors qu'elle fut bien la Reine^ Begma l
Ce qui ne ffessart nuileoieDt du récit des historiens, tous plus ou moins sincèrement voués à la gloire de Rome , mais ce qui est prouvé par les chants des poètes , c'est l'effroi qu'inspûiait Cléopâtre. Il y eut un moment où on crut la voir monter au Capitole triomphante et ven^resse. Une ode d'Borace nous a transmis ces craintes dans toute leur intensité* Il faut croire qju'eUea n'étaient pas le partage exclusif de la populace : l'ami de Mécène devait être bien informé. Fidèle aui inspirations officielles , il fait de Cléopâtre une bacchante écbevelée, ivre d'orgueil; et de vin maréotique, traînant sur ses vaisseaux une troupe d'infâmes soldats, souillés de maladies honteuses; il la montre méditant foUement les funérailles de la ville immortelle; mais lorsque l'inoendie gagne sa flotte , lorsqu'il est bien prouvé qu'aucune de ses trirèmes ne peut échapper à la flamme et qu'elle-même s'enfuit éperdue» une joie immense s'empare du cœur des braves Romains*; un cri d'allégresse s'échappe de leurs poitrines : « Buvons, dansons! pressons la terre d'un pied i joyeux et délivré I La joie des festins nous est « enfin permise; ce n'est plus un crime d'arrac cher le cécube au cellier de nos ancêtres. Cleo-