LIVRE
tontes les fois qu'ils vantent la grandeur et la beauté des monuments , Tillustration de la naissance, la force du pouvoir, soit analogie naturelle des idées, soit tendance imprimée par le gouvernement de César, toutes les choses grandes, illus* très, puissantes^ ils les appellent royales.
Même à l'époque qui précéda immédiatement l'empire, dans c^ temps où la république était dé-^ fendue comme une mère à l'agonie par des enfants au désespoir , on ne parlait point avec mépris de la royauté. Cicéron la pesait dans une égale balance avec l'aristocratie ; parlant sous le nom de Scipion, il supposait que son interlocuteur penchait vers le régime royal : « Scipion aimait ce nom presque paternel d'un roi qui voit ses enfants dans son peuple. Les rois nous gouvernent par l'amour, les grands par la raison, le peuple par la liberté. Il faut choisir, voilà la difficulté (1). »
« Lorsque le peuple, » ajoute Gieéron par la bouche de Scipion, dans un autre passage du môme livre, « lorsque le peuple était orphelin d'un roi juste, on voyait, selon l'expression d'Ennius, le regret envahir tous les cœurs, on l'entendait s'interroger ainsi sur sa perte : a 0 Romulus ! Romulus !
su
(1) aSed si unum ac simples probandum regium. . .
pro alque in mis laudem. primo au em quod . .bem, ...... .pri In t hoc loco ap-
pellauir, occurrit nomen qnasi pairium régis, ut ex se naiis iia consuleniis sois civibus. » — Cicer. de RepuM. 1, 35.
i( que les Dieux ont fait oattre gardien de U poitrîe. M O père ! ô Géniteur^ issa du sang des Dieux ! »Les peuples n'appellent ni maîtres ni rois ceux i qui ils ont légitimement obéi^ ils les nomment Pères de la patrie, Dieux; et non sans eause. Us se croient redevables à la justice royalci de la vie, de T honneur et de la gloire. Cette bonne volonté aurait été la même dans leur postérité, si Fancienne vertu des rois était également restée ; mais la le vnb^ Pi* niquité d'un seul a détruit oe genre de république, » c'est à dire cette fiorme de gouvernement (1). Enfin, nous terminerons les témoignages tirés de Cicéron par ces paroles magnifiques : « Les nations I iinon toutes , du moins la plupart ont reconnu que la royauté était la meilleure des choses humaines^ puisque les Dieux sont aussi gouvernés par un roi (2).
(1) cJasto qoidem rege Hnum est populus orbatas, sicut sit Ënnias, p06t opUmi régis obitoiD. »
a Pecum dja lenet desfderium ; simul inter Sese sic memortaiy o Ramule» Romuledie Qualera le patri» custodem Di genuerunt O pater I ô genitor I o sanguem Dis oriundum. »
« Non héros nec dominos appetlabani eos, quibas
Juste parueruni: deniqoe ne reges quidem; sed pairiae custodes, sed patrês et Deoi, ...... Vitam , houorem, décos sibi da-
tom esse justitia régis existimant. Mansisset eadem voluntas in eonim posteris, si regùm similitudo permansisset; sed vides unius injustitia conddissc genus illud totum reipublicae. » Cicer. deRep. Iy4l.
(3) Voir l'épigraphe du présent ouvrage.
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11 y avait du temps de Cicéron un pressentiment général de la chute du gouvernement républicain et du rétablissement d'un pouvoir unique ; les meilleurs esprits en avaient l'instinct. Un dialogue entre Scipion et Lœlius en est une preuve évidente :
SGIPiON.
c Ne vois'tu pas qu'il y a au moins quatre cents ans que cette ville est sans roi.
LOELIDS*
« Pas davantage, en vérité.
SGIPION.
c Eh bien, qu'est^-ce que quatre cents ans ? Est-ce « un bien long âge pour une ville ou pour un état ?
LOELIUS.
« C'est à peine une adolescence*
SCiPlOlV.
ff Ainsi il y a quatre cents ans^ nous avions à I Rome tin roi....
LCELIUS.
« Superbe I!
scmon.
« D'accord, mais avant lui ?
fcCBLIUS.
« Un roi très juste, comme tous ses prédéces^ < seiirs,en remontant jusqu'à Romulusqui vivait « il y a six cents ans.
SGIPION.
c Ainsi, celui-là même n'est pas très ancien
<c Concluons que si des hommes prudents et sages (f ont voulu avoir des rois, je m*en rapporte à des « témoins qui ne sont ni trop sauvages ni trop su- « rannés i (1).
La dignité royale affectée alors exclusivement aux barbares pouvait par une telle considération sembler indigne des Romains ; mais si nous en croyons toujours le livre admirable dont nous venons de mettre quelques fragments sous les yeux du lecteur, ces vieux préjugés étaient bien affaiblis. Sous ce rapport comme sur tout le reste, Gicéron prête à Scipion'et Lœlîus le langage de son propre , temps. « Si nous pensions comme les Grecs, » leur fait-il dire par un ingénieux anachronisme <c tout « ce qui n'est pas nous-mêmes, nous l'appelle- « rions barbare ; mais ce nom doit être donné à la « grossièreté des mœurs plu têt qu'à la diversité des
(1) aSeip. Yidesne îgitur minus quadringentorum annorum 6886 hanc urbem, ut sine regibus sîi? — LœL Vero minus.— Scip. Quid ergoP hœc quadringentorum annorum aecas, ut urbis et clYÎtatiSy num yalde longa est? — Lœl. Isu vero, inquit^ adulta vix. — Scip. Ergo bis annis quadringentîs Roms rex erat. — LœL Et superbus quidem. -^Seip. Quid supra? — LœL Justissimus; et deinceps rétro usque ad Romulum, qui ab hoc lempore anno sexcentesimo rex erat. — Scip^ Ergo ne iste quidem
pervetus Si enim et prudentes homines, et non vête-
res, reges habere voluerunt^ utor neque per aniiquis, ncquc inhumants ac feris tesiibus. — Cic.^ de Repub. 1, 37.»