‹ Histoire de la royauté considérée dans ses originesChapitre 43 sur 191 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Vj détermina. Après la guerre de Judée, les légions pleines d'enthousiasme et de joie, n'attendirent pas d'ordre de Rome et proclamèrent Titus Imperater. Yespasien en prit de l'ombrage , il crut que Titus voulait se rendre indépendant , si ce n'est dans tout l'empire, du moins en Asie. Ses soupçons ne tardèrent pas à se dissiper : Titus, embarqué sur un vaisseau marchand, prévint la nouvelle de son départ, il traversa l'Italie en toute hâte pour venir se jeter dans les bras de son père et lui dire : « Me voici 1 * (1) Touché de l'innocence et de l'aimable ingénuité de son fils, Yespasien n'en troui^ pas moins dangereux cet octroi du titre d'Imperator par l'acclamation des soldats, et quoique la va* niié de ses successeurs ait reproduit quelquefois cet usage dans les décrets et sur les médailles , la qualification d'Imperator ne parut désormais que comme prœnomen en tète des autres noms du prince. Elle prit à peu près l'acception du titre moderne d'empereur. Les médailles ne portèrent plus comme dans l'ancien protocole VESPASI ANUS. CiES. AU6. TRIB. POT. IMP. mais IMPERATOR. VESPASIANUS. l'empereur Yespasien (2).

Pour donner une sanction législative à son innovation politique, Yespasien s'arrogea par une loi le pouvoir de conclure des traités; il s'attribua le

(1) « Veni,paler, feni. » Suel.Tîl. V.

(9) Spanheim^ Eckhei Icod. Rom.

droit de convocation, de suspension et de rapport^ en un mot toutes les prérogatives du sénat; il donna à ses édits la vigueur des Sénatus Consultes, à ses recommandations la force de nominations directes; enfin^ dans tout ce qui regardait ta majeslé des choses divines et humaines, le bien général ou |>articulterdela république, il se réserva une liberté d'action pleine et entière , se référant sur chacun de ces divers points à Texemple d'Auguste ^ de Tibère et de Claude, que le sénat avait dispensés par écrit d*obéir à certaines lois et à certains plébiscites dont la teneur ne nous est pas connue.

Cette loi fut nommée royale {Lex Regia). Selon les meilleurs critiques (^)^ elle n*est pas autre chose

(1) Nieburg, Hisl. Rom. T. 1, deuxième partie, p. ^3 de la (rad. française , ëdîl. de Bruxelfes. — Ce moDumeni fiimeux da règne de Vespasien n été l'objet d'une controverse longue et va* riée, mais peu décisive. — Au commencement du seizième siècle, on vit paraître le texte d'une de ces tables d'airain , sur lesquelles les Romaine inscrivaient les traités, les sénatus-eoasultes et les plébiscites j cette table, bauie de six pieds, large de quatre, était suspendue, depuis plusieurs siècles , dans l'église de Latran ; on l'avait prise d'abord pour une des Douze Tables. Elle fut publiée pour la première fois, en iftIO, par Franciscus de Alberlinis , en son livre Mirabilibus veteriê Romœ. — Traité de la nature du gouvernement romain sous les empereurs, depuis Auguste jusqu'à Dioctétien . — Second mémoire sur la puissance des empereurs, par M. l'abbé delà Bletterie. Mémoires de l'Académie des inscriptions. T. XXIV , p. 334, Paris, in-4'', 1756. •— Joh. Fred. Gronovii Oralio de Lege Regia pro concione , quum Fasoes Academicos secundùm deponeret, recitatâ die solemni VIII , Feb. 1671. — La Lex Rtçia dispensailrclle les Césars de l'observation de toutes les lois ? Dion l'affirme, mats le bon sens , les commen-

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que Fanoienne loi des Curies qui conférait l'autorité souveraine aux premiers rois de Rome; retour vers la royauté proscrite , qqi indiquerait une réac* tioo plus puissante et plus durable qu^on ne le pense généralement, contre les idées et les formes républicaines.

Cette dynastie , quoique naissante^ était fondée sur une base solide : les talents de Yespasien, la séduisante bonté de Titus, l'auraient affermie ; mais personne ne put supporter en Oomitien, Néron parvenu , le venin écrasé dans Néron, cette fleur empestée du patriciat. Tous se levèrent contre Domitien : peuple, sénat, prétoire, jusqu'aux pbilosophes.

Les philosophes avaient raison : leur règne allait commencer. Après le gouvernement tout bienveillant, quoique militaire, du divin Trajan , trois grands princes donnèrentTempire du monde à l'école du Portique. Quelque justes que soient les ob*

taires et la lettre même de la table de Latran réfutent cette opinion. Vespasîen n'y est exempté que de Fobservalion des lois dont Aoguste, Tibère et Claude avaient obtenu la dispense. Les infraclions folles ou méchantes de Caligula^ de Néron, deVitellius, sont passées sous silence. Ainsi, Vespasîen ne se croyait pas au dessus des lois Jolla et Papia, parce que Caligula s'en éuit fait exempter par un sénatus-eonsulte. D'ailleurs, si cet exemple s'était étendu à tout le code romain, la loi de Yespasien n'aurait pas fait une mention spéciale des trois Césars qui , seuls , pouvaient être cités en exemple. — Gerardi Noodt Noviomagi Lugduni Batavorum 1734. — Jani Vicentii Gravinae J.*Ch. et Antecessoris Romani : orgiues Jnris Ci? ilis. Lipsiœ apud Jo. Fridericum Gleditscb. io-4^ 1708.

jeotions opposées parfois à cette bonne fortune de la philosophie 9 ses adeptes pourront toujours se défendre en nommant Hadrien , Antonin-le-Pieux et surtout Marc-Aurèle. Si le stoieisme eut lieu de s'applaudir, le sénat ne se crut pas moins satisfait ; les nouveaux princes se donnèrent pour règle de rendre à ce grand corps tout honneur apparent et toute déférence publique. A part quelques écarts d'imagination d'Hadrien, ils ne s'en départirent jamais. Comme principe de conduite, Trajan se proposa de bien vivre avec le sénat , mais de loin. Soldat et conquérant, il reculait les limites de l'empire et laissait aux pères conscrits le soin de gouverner la ville. Favoriser leurs maximes , leurs préjugés mômes, sans les flatter» aller au devant de leurs exigences: telle fut la politique de Trajan et de ses successeurs immédiats. Sous des formes respectueuses pour les souvenirs de la république, sous un air de simplicité, soigneusement opposé au faste des douze premiers Césars, l'idée monarchique, ridée dynastique fit de constants et sérieux progrès. A cet égard l'habileté de ces princes est digne d'attention. Le moyen dont ils faisaient usage était unique mais sûr; il se camposart d'une vérité et d'une fiction. Ils promettaient au sénat de le respecter dans chacun de ses membres , et tenaient parole; ils ajoutaient , les jours de la liberté vont revenir, la république appartiendra désormais au

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