LIVRE
Locias Veruset Marc-Aurèle. Le règne d'Antonin* le-Pieux , Tun de ceux qui font le plus d'honneur à la monarchie et à Thumanité , ne fit ni avancer ni reculer le pouvoir suprême. Lucius Yerus mourut jeune , emporté par cette nostalgie de rOrient qui va devenir le caractère du monde romain. Ilarc*4uréle, chargé du double soin de la philosophie et delà royauté^ sut vaquer à ces deux devoirs, et grâce aux diverses aptitudes de son esprit^ il sut les cultiver avec une égaie sollicitude. Tandis qu'il réconciliait l'humanité avec le pouvoir, et qu'en humble disciple de Torgueilleux Portique Marc-Aurèle allait à l'école un bftton à la main et un livre sous le bras ^ il ne négligeait rien pour assurer l'hérédité dans sa famille; il mélangeait avec art un faste royal à la simplicité philosophique, et donnait à l'empire une majesté paternelle dont on n'avait pas encore vu d'exemple. Assis à une table modeste, il n'y admettait que la famille impériale (1). Son fils était adolescent lorsqu'il le déclara César; jeune encore, il le nomma pontife et imperator avec les honneurs triomphaux et consulaires ; pour dési-
(I) a Dederunl etiam crimini , quod aulicam arrogantiam con- « finnaverit, subinovendo amicos a societaie commani et a convî- « viis. » Marc-Aarèle loue cependant Antonin-le-Pîeux d'avoir prié quelquefois ses amis à dtner, mais TexpUcaiion de ce qui semble ici un peu contradictoire n'esl-elle pas quelques lignes plus haut. « Dederunt ei vitiis quod et ficius fnisset , nec tam sîmplex quam Yidereiur.» J. CapiL in M. A., Phil. ad finem.
gner son héritier au respect public, il plaça le jeune consul sur un char et le suivit à pied dans le cirque. Tous ses enfants reçurent des distinctions que nul des douze Césars n'aurait hasardées; tous, jusqu'à ses filles, assistèrent aux jeux avec des habits de triomphe. Après la mort de sa femme, il fit porter sa statue d'or k la place très apparente occupée naguère au théâtre par Fausiine,ei nomma les plus grandes dames de Rome pour siéger, pendant la représentation, à i'entour et aux pieds du simulacre (i).
Faostine faisait-elle observer cette étiquette de son vivant ? ces Romaines avaient-elles composé sa maison ou slégeaient^eliés alors comme prêtresses de sa divinité ? les femmes des empereurs avaientelles une cour ? étaient-elles seulement les compagnes do prince ou occupaient-elles dans l'état une place reconnue et spéciale?
Jusqu'à l'époque impériale, les traditions de la vie romaine avaient sévèrement exclu les femmes de toute participation aux honneurs. Le collège des vestales était ouvert à quelques vierges choisies ; on leur rendait des hommages pieux , mais les épouses des plus éminents personnages de l'état n'étaient point admises au partage honorifique de leurs magistratures. Il n'y avait qu'une exception bien remarquable: la femme du roi des^ sacrifices portait
(1) J. CapiioliDUS in M. A., Philos, passitn.
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le titre de..reine (i), tant l'idée de famille et de race était naturellement attachée môme aux applications les plus détournées du titre royal. Aucun titre ne désignait la compagne d'un consul, d'un préteur; et pendant toute la domination d'Auguste, Livie irécut dans sa maison^ simple patricienne. Les distinctions dont elle jouissait étaient très bornées : elle siégeait au théâtre sur le banc des vestales, et tenait quelquefois une espèce de lever ou de cercle, relaté avec les noms des assistants, dans les Annale $ Mumet. Jamais Livie ne porta le titre de PrincepSf comme on Ta conjecturé faussement sur quelques vers très équivoques d'Ovide ou plutôt du poète Pedo Albinovanus (2). Ce fut seulement après la mort d'Auguste que cette femme illustre, le second personnage de son siècle, la mère du nouveau souverain, reçut un rai)g et des titres qui à son exemple séparèrent désormais les femmes impériales du reste des matrones. La veuve d'Auguste fut déclarée prêtresse de son temple et sa fille adoptive sous le nom de Julia Augasta. Dès lors, les femmes, les filles, les sœurs, môme les nièces des Césars (3) reçurent généralement^ mais par concession du sénat et non par aucun droit positif,
(1) Serv. in Mneïd., lib lY, Y, 137.
(9) Ao meliùs per le ▼irluiem eiempla petemus Qaàm si Roman» principis edis opos P
Pod. Albinov. Consolalîo ad Liviam.
(3) Marciana cl Matidia Trajani.
ce nom d'Aiigusta qui ne désignait point un partage du rang suprême, mais une adoption dans la famille Julienne. Quant au titre d'impératrice {bnperairix)s ridée et le mot en furent également étrangers même aux Grecs de Bas-Empire, et c'est dans la latinité du dixième siècle qu'il faut en chercher l'origine (1).
Ainsi, une Augusta n'avait rien de commun avec ce que nous entendons par les noms d'impératrice ou de reine.
Son titre, nous l'avons vu, était réparti entre toutes les personnes que nous nommerions aujourd'hui princesses du sang.
* La femme de l'empereur ne s'en investissait pas de droit à l'avènement de son époux, cet honneur, comme tous les autres, était décerné par le sénat. Plotine ne voulut pas l'accepter avant que Trajan eût reçu le titre de Père de la patrie. Pertinax, par modestie, refusa d'en décorer sa femme Tatiana (2).
Le rang des Augusta n'était point inamovible. Une révolution prétorienne et sénatoriale n'épargnait leur vie que pour les réduire à une condition privée. A la suite du massacre de Didius JuUanus^
(1) Les premières princesses que j'ai trouvées dans les chroniques laliues décorées du litre d'/tnperafrûr sont Adélaïde de Bourgogne et Théophanie de Constantinople , Temmes des deux premiers Othons.
(S) Spart, in Hadr. et Capitol, in Pertinaci.