LIVRE I
se coupa les cheveux, elle prit des souliers noirs, et, après afoir été quelque temps eu peine pour trouver une robe de deuil, ma tl'oisième sœur, qui avait éprouvé le malheur de la viduité, en tira une de ses armoires , et la lui donna. Dans le temps même qu'elle la mettait, l'empereur rendit l'esprit, |Don soleil se coucha , ma lumière s'éteignit (i)* » Quinze siècles avaient donc changé bien peu de chose à la condition des Augusta. Leurs plaintes d'une situation aussi précaire, leurs efforts pour y mettre un terme, les troubles dont l0ors chagrins furent si souvent la source, la nullité, l'abandon, qui accompagnent leur veuvage ou leur disgrâce» traversent dix siècles sans interruption, et} de Byzance à Rome, remcHitent jusqu'à la seconde AgrippiDe« la mère de Néron (2). « De toutes les choses mortelles, dit Tacite, rien n'est sî instable, si fugitif, qu'un pouvoir emprunté, qui n'a point sa propre force pour point d'appui. Agrippine disgraciée^ sa porte fut déserte» Point de consolateurs, pas même de simples visites, à l'exception dequelques femmes^ par amitié ou par malice > Dion Gassius
(1) Aline Coèmnne, Hist. de l'emp. Alex. XV, 11, 19. Nous avons cm devoir conserver la traduction du président Cousin. Sa sîmflieité n'est pas sans grâce.
(S) Nihîl rernm mortalinm tàm instabile ac fluxuni est quàm lama potentiae, non su vi nixaB. Statim relictum Agrippinae limen nemo solari , nemo adiré, praeter paucas feminas, amore an odio, insertnm. Tac. Ann. lib.XilI, 19.
ajoute que lorsque Agrippine passait dans une rue, on se détournait pour ne pas la rencontrer, et qu'enfin , s'il n'y avait pas moyen de l'éviter, on la quittait sans loi avoir répondu.
Nous avons eu dans notre histoire le scandale d'une reine^mcre errante hors des états de son lils ; mais son exil fut volontaire en quelque sorte. Quoique éloignée des aflaires et de la cour , il n'y aurait pas eu d'ennemis assez ' puissants , de ministres assez audacieux pour remi)ècher de vivre avec la dignité convenable, au milieu des respecis publics, à l'abri des tours d'un château royal, si le démon de l'ambition et de l'intrigue lui avait permis de se résigner à une telle existence. D'ailleurs, leroi moderne fut blâmé et l'antique empereur applaudi. Indignée de marcher à la tête des femmes romaines , la première d'entre elles, mais leur égale, Agrippine avait voulu les licteurs, les faisceaux couronnés de lauriers, le siège sur le tribunal à la réception des ambassadeurs. Il était alors plus aisé de massacrer la moitié du sénat que d'acclimater à Rome ces emprunts de royauté asiatique. Plus tard, les dégoûts superbes du peuple romain s'amortirent par l'habitude. Les fréquents voyages d'Hadrien rapprochèrent les deux zones. Faustine et Lucille femme et fille de Marc-Àurèle osèrent autant et peut-être plus que l'allière Agrippine. Couverte de tous les opprobres , Faus-