LIVRE II
et le chrisUaiiisme, mais entre le christianisme et la république romaine , dont l'organisation avait sur* vécu i rétablissement de l'empire. Le christianisme proscrivit à la fois et la religion et le gouvernement de Rome. Dans son existence politique, il ne reconnut, il n'admit» il ne servit qu'un seul pouvoir étranger au fond même de celte constitution : le pouvoir, impérial, la royauté.
Attaquer les dieux du Gapitole , c'était proscrire la religion et la république. Semblable à Janus leur vieille divinité, Rome formait un être unique à deux visages. Les nombres d'une équation^ les termes d'un syllogisme, les membres du oorps humain^ sont moins cohérents, moins symétriques^ moins dépendants de leurs mouvements réciproques que ne Tétaient la constitution religieuse et la constitution civile de la république romaine. Dans l'espritde leurs ennemis comme dans la pensée de leiins défeosèters^ c'étaimt deux choses absolument inséparaUes.
Personne ne s'y trompa : chrétiens et polythéistes, créateurs d'une ère nouvelle ou défenseurs d'uB passé irrévocable, hommes puissants par les idées ou par les supplices, bourreaux ou victimes, tons le comprirent également. Dès le premier jour , l'organisation républicaine se sentit menacée. Les chrétiens, désormais légitimes possesseurs du monde> se préaenlèrent comme les réformateurs de la
religion, ou ce qui est la même chose, de la société : à Rome, ces termes étaient identiques. La loi ap* puyaitle dogme, et le dogme faisait partie de la loi. On n*y voit point comme dans nos gouvernements modernes les grands actes de la vie, solennellement consacrés par l'intervention religieuse ; nulle cause, nul prétexte ne suspendait sa permanence ; sa présence était perpétuelle , incessante , inexorable dans les circonstances les moins sérieuses, aussi bien que dans les crises les plus importantes de l'existence humaine.
La séparation du spirituel et du temporel est un des bienfaits du christianisme. Les l^omains n'en avaient aucune idée. Leur religion n'était pas comme la nôtre, à la fois immobile et flexible; immobile dans son principe, dans son essence, flexible dans son application aux temps, aux lieux, aux nationalités. La religion chrétienne toujours vivante depuis près de vingt siècles, n'est point indissolublement attachée à telle ou telle forme politique. A l'ombre des trônes absolus ou des monarchies tempérées, au bord du lac républicain de Guillaume- Tell, dans l'Amérique plus républicaine encore, elle fleurit plante immortelle, nourrie par tous les sucs de la terre^ rafraîchie par toutes les eaux du ciel. Ce n'est point une religion locale mais universelle, et ce caractère dont elle fut empreinte dès son origine, devint plus que tout autre signe,