LIVRE
chasteté des femmes, la simplicité de leur parure» la rareté des divorces et le petit nombre des théâ* très ; ils opposaient ce contraste aux mœurs nouvelles (1) ; mais en général , ils s'abstenaient de ce genre de louanges et se plaisaient à déverser sur la vie romaine à toutes les époques, la haine^ l'insulte et le mépris. Ils n'épargnèrent pas même le sénat de Rome , et en firent surtout le but de leurs traits, car c'est là qu'était le cœur de la société païenne. Battre en brècbe le sénat, c'était renverser tout l'édifice.
Parvenue au comble de la puissance, Rome aimait à jeter un regard orgueilleux sur ses origines et à reconnaître, par l'imagination, les vieilles campagnes latines , le toit de chaume d'Evandre, là où s'élevaient pour l'éternité (elle le croyait du moins), des flottes de colonnes rostrales, des forêts de temples et une population de statues. Au sein des richesses et des hommages du monde, les sénateurs, après eux les Césars et même
(1) aQuonam ilke leges abieruiit , snmplum et ambitionem oomprimenies P quae cefllum asra non amplius in cœnam sub* scribi jobebanl^ nec amplius quam unam inferri gallinara
Video et ihealra, nec singula salis esse, nec nuda. Nam
ne vel hieme voloptas ûnpudica frigerel, primi Lacedemonii odium penulae lodis excogilaverunl. Video el inter malronas at* que prosiibulas nullunide habltu discrimen relicium. Circa fœmiuas quidem eliam illa major um institata ceciderunl, quae modestiae, qas sobrieiaii pairocinabantur.» Sept. Fi >r. Tertall. Apolog. (Venetiis 1714. Gum emend. Nicol. RigalUi.)
le peuple, aimaient ces piodestes comnienceineDts de Rome; c'était un des thèmes favoris de la poésie nationale. Virgile flattait le goût public en peignant les bois peuplés de faunes et de nymphes indigènes, l'Argilète sacré, le froid Lupercal, les bruyères incultes, les broussailles sans nom qui se* ront un jour la roche Tarpéienne et le Capitole aa front d'or. « Là, dans ce vallon où mugissent les 0 troupeaux de bœufs, s'élèveront un jour les Ga- « rênes aux rues élégantes, là sera le Forum. Déjà t au temps d'Evandre, une horreur religieuse « sanctifiait ces lieux agrestes, et faisait trembler au « loin les hommes, les rochers et les bois. Un dieu u habite cette montagne; quel est-il? nous l'igno- « rons, mais enfin c'est un dieu (1)!— » Moins sobre, moins mesuré que Virgile, Properce ne se contente pas d'effleurer ces souvenirs;, il s'étend, il se développe, il insiste. « Etranger, dit-il, avant le a phrygien Énée , cette grande Rome que tu vois « n'était qu'une colline et de l'herbe ; le sénat qui « brille maintenant dans la pourpre se composait « alors de quelques pères de famille, aux cœurs rus- <c tiques sous des vêtements de peau. La cornemuse « les appelait au conseil, et une centaine de ces vieux <( pâtres tenait l'assemblée au milieu d'un pré (3).»
(1) « Haec Demora indigenae Faniiî, » etc. , etc. Yirg. Mû. VIII. (9) « Hoc quodcumque vides, hospes quâ maxima Roma est, tt Antè Phrygen >£nean coUis et herba fuit.