‹ Histoire de la royauté considérée dans ses originesChapitre 54 sur 191 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Les apologistes chrétieDs s'emparèreni de ces aveax; ils les retournèrent d'une façon sanglante contre leurs adversaires^ et le raiRnementd'amourpropre qni entraînait les Romains vers ces images d'un passé si différent de leur prospérité présente, devint entre les mains des orateurs sacrés le fouet dont ils stigmatisèrent les origines de la république.

Après avoir établi avec beaucoup de hardiesse la supériorité de la raison sur Tautorité de la tradition la plus ancienne, Lactance s'épuise en ironie sur le sénat, cette loi vivante, cette sagesse des nations sortie d'une centaine de vagabonds obscurs enveloppés dans le poil des botes sauvages.

Certes, Lactance était bien injuste, et nul ne pouvait savoir mieux que lui combien un humble point de départ ennoblit une glorieuse carrière. Quelque chose de plus grand que Rome était né dans une étable; douze apôtres ont été plus puissants que les cent bergers de Properce. Un véritable père de TEglise, un saint, et par bonheur Lactance ne l'était pas, n'aurait pas employé un argument si pué-

« Atqae abi Navalî stant sacra Palatia Phœbo, « Evandri profugae procubuere boves

« Ciiria, Prstexto qo« Dune nicet alla senatu, « Peliilos babuit, iiistica corda, patres.

« Bnccina cogebaipriscosad verbaQuiriies; « GeBium*îlli in praio ssBpè Senaïus erat,

Sex. Aurel. Propert. IV, t.

ril; mais au fort d'une luUe, lorsque les hommes se prennent corps à corps, il ne s'agit pas d'éqoité. Si le sénat n'est pas détroit, renversé, avili, rétablissement politique du christianisme devient impossible. Tous les rites, tous les usages de cette assemblée, découlent immédiatement du polythéisme. Donnée par Jules César, la statue de la Victoire est placée dans le lieu même des séances; ec n*est pas un vain ornement, un simulacre de parade qu'on puisse changer ou remplacer à son gré; nous verrons l'exil de ces images causer une fermentation violente dans une partie du sénat et du peuple. L'acte qui ordonne l'expulsion de la statue et la destruction de son autel, est l'un des plus graves, des plus décisifs de l'empire devenu chrétien. Avant de prendre séance, les sénateurs sacrifiaient devant elle à la prospérité de l'empereur; d'autres rites, aussi anciens que le sénat luimême, ne pouvaient périr qu'avec lui. Mais, de tous

(1) «Si ratîonem mavis, discedere te necesse est ab insUtulis et aucloritate majorum ; quoniam îd solum rectum est , quod ralio pnescribit; sin autem pietas majores sequi suadei; fiiteris igiiar et stultos illos fuisse, qui excogitatis contra raiionem reli* gionibus servierent , et te ineptam, qui id colas , quod faisumesse conyiceris. Sed taroen quoniam iiobis tantopere majorum nomen opponitur videamus tandem, qui fuerint majores illi P Hi sunt patres, quorum decretis eruditi ac prudentes viri devolissime serviunt, idque venim ac Imroutabile omnis posteritas indicat, quod centnm pellili seues stiUutum esse vohierunl. » Lan. Fir. Inst. Div. 11,6.

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les obstacles qui éloignaient les chrétiens de la vie politique, ce sacrifice journalier, ce grain d'encens offert à la majesté impériale, était certainement le plus invincible, et nul ne fut allégué plus souvent par l'Eglise ou contre l'Eglise.

Par ce refus de reconnaître la divinité des empereurs, les chrétiens leur étaient devenus odieux; cependant ils remplissaient les armées, leur fidélité ne se démentait jamais, et de toutes les obligations civiles, ils n'en remplissaient qu'une, le paiement des impôts , mais ils la remplissaient avec une sainte exactitude. D'où venaient ces différences ? D'abord et avant tout de leur conscience religieuse; puis en second lieu sans doute, mais très puissamment, de leur conscience politique qui , dans tout l'empire, ne reconnaissait qu'un pouvoir légitime, celui de l'empereur.

Le sénats la république et ses institutions n'existaient pas pour eux. Partout ils en parlent avec haine et dérision. « La république est née des faux dieux , des faux grands hommes , des livres sibyllins, des aruspices , en un mot du mensonge dans toutes ses formes et sous toutes ses faces. C'est un accident particulier dans le train du monde, c'est une excroissance parasite qui n'a point sa racine dans la nature des choses humaines: sénat romain , sanhédrin pharisaïque, rien de tout cela

n'est de Dieu , totfl est de rhomine , voire du démon. »

« Le pouvoir souverain est seul de Dieu ; il est aussi ancien que la terre. Les chrétiens ne reconnaissent que lui, mais ils le reconnaissent pleinement, dépouillé toulefois des accessoires sacrilèges, restes de. la constitution républicaine, dont les Iaml>eaux9 mal cousus ensemble, composent le manteau impérial. Les chrétiens reconnaissent César, mais ils veulent le revêtir d'une pourpre neuve, d'une robe sans couture et sans tache; ils s'efforcent de lui démontrer que tel est non seulement leur devoir, mais aussi son intérêt à lui, et qu'en faisant un prompt divorce avec les formes répablicnines, il atteindra à la puissance essentielle, véritable, à l'unité nécessaire de la monarchie. C'est ici qu'il faut entendre les grandes voix des orateurs chrétiens.

« Que dirai-je de plus du pieux dévouement des chrétiens pour la personne de l'empereur ? N'est-il pas l'élu de notre Dieu, et, à ce titre, n'est-il pas

surtout notre César à nous? L'empereur n'est

pas un Dieu; je ne l'appellerai point ainsi, car je ne me permets point de le railler, et je ne sais point mentir; il est homme, et l'intérêt de l'homme est de fléchir devant Dieu dont il tient sa dignité. Le donner pour un Dieu , c'est lui refuser le titre d'empereur Je l'appellerai volontiers seigneur,

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