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pourvu que ce ne soit pas comme équivalent de la divinité (4) »
Après avoir représenté avec une verve satyrique et sanglante ce qu'il y avait de honteux, de désordonné et d'hypocrite dans les fêtes prétendues religieuses qui accompagnaient l'avènement des empereurs, leurs anniversaires, leur retour triomphant dans Rome à la suite de longs voyages ou de victoires signalées, Tertullien ajoute :
t Âh! dans ces moments d'ivresse où mille voix s'écrient : Puissant Jupiter, prolonge les années de l'empereur en retranchant quelques unes des nôtres! ne Irouverait-on pas secrètement mais indesf ructiblemeni gravé dans les cœurs l'espoir d'une longue série de Césars successifs présidant au partage sans fin de congiaires inépuisables? Seul, le chrétien ne sait point souhaiter un nouveau César. Mais, dira-t-on, le peuple est toujours peuple. Oui, mais ce sont des Romains, ce sont nos persécuteurs.
(1) « Sed quid ego amplius de relîgione alqoe pielate Christiana jd imperatorem qnemnecesse estsuspiciamus, ut eum qiiem DoDiinus Doster elegit? et merito dixerim, noster est magisCaesar, a nostro Deo constiiutus • Nom enim Deum imperatorem 4icam, Tel qoia mentîri neacio, vel qnia illum deridere non audeo, vel quia uec ipse se deum volet dici, si homo sit interest homini Deo cedere, satis habet appellari imperator^ grande et hoc nomen est, quod a Deo traditur, negat iUum imperatorem,
qui Deum dicit Dicam plane imperatorem
Dominum : sed quando iioncogor, utdominum^ Dei vice, dicam.» Tertull. Apoiog.
i06 HISTOIRE DE LA ROYAUTÉ.
Sans doute les autres classes de l'Etat sont très dévouées et très fidèles. Jamais,, comme on sait» rien d'hostile n'est sorti du sénat, de l'ordre équestre, des camps, du palais. Et d'où viennent les Cassins, les Niger, les Albin ? Ceux qui tombent sur le prince entre deux allées de jardin ? ceux qui s'exercent à la lutte dans les palestres pour mieux apprendre à l'étrangler? ceux qui, plus audacieux que les assassins mêmes de Domitien, forcent à main armée la demeure de César ? ce sont pourtant des gens qui sacrifiaient pour le salut de l'empereur, qui couronnaient leurs portes de lauriers, qui illuminaient leurs vestibules, qui juraient par le génie du prince, soit dehors, soit dans leur maison, c'est à dire des patriciens qui seuls pouvaient toucher aux choses sacrées; enfin (et la distinction que fait ici l'apologiste est bien remaf- <|uable) , ce ne sont pas des chrétiens, mais des Romains (i). » Tertullien termine en déclarant
(1) « Jam si pectoribus ad transi acendu m quandam
specularcm materiam natura obduxisset, cujus non praecordia insculpta apparerent novi ac novi Cassaris scenam congiario dividendo presidenlis ? Etiam illa hora qua adclamant , de nosiris annis libi Jupiter augeatannos; hoc Ghristianus tam enunliare non novit, quam de novo Caesare optare. Sed vulgus , inquis, ut vulgus. Tamen Romani nec ulli magis depostula tores Chrisiianoram quam vulgus. Plane ceteri ordines pro auctoritale reitgiosi ex fide nihil hosticum de ipso Senatu, de équité, de castris, de palaiiis ipsis spirat. I3nde Cassii, et Nigri, et Albini? unde qui inter duas laurus.obsident Ca^sarem ? Unde qui faucibusejus
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qu'il reconnaît d'autant mieux le pouvoir des princes qu'ils le tiennent de Dieu seul.
C'est donc avec un soin extrême que les pères de l'Eglise, loin de faire dériver l'autorité monarchique de la constitution de l'empire romain, s'appliquaient au contraire à en démontrer non seulement la séparation, mais l'incompatibilité. Dans ce but, Minutius Félix (i) vante la royauté asiatique si florissante, si splendide, bien avant l'établissement des superstitions de Rome. » Avant u)ème la fondation de la ville , les Assyriens , les Mèdes, les Perses, les Egyptiens, les Grecs, sous leurs rois, n'ont-ils pas été puissants, sans qu'il y eût parmi eux ni pontifes, ni arvales, ni saliens, ni vestales, ni augures, sans que les ressorts de leur politique s'arrêtassent subitement devant l'indigestion d'un poulet? « Tous ces peuples, » dit saint Cyprien, « ont possédé l'empire du monde avant les Bo- « mains (2). »
Ce n'était pas assez d'un appât si habilement pré-
esprimendis palaeslricam exercent? Unde qui armati palatium irrumpuni omnibus Sigeriisatque Partheniis audaciores ? De Roluanis (oihil failor) id est, de non Chrislianis. »
(1) (c Et tamen ante eos Deo dispensante diu régna tenuerunt Assyriî, Medi, Persae, Graeci etiam, et iEgypii, cum pontîfices, et anrales, et salies, vestales et augures non haberent, nec puUos cavea reclusos, quorum cibo vel faslidio res summa regerelur. o Minut. Felic. Octavius.
(8) Cypr.Vanil. îdo.
paré; il ne suffisait pas de montrer aux Césars Téclat du laurier d*or pâlissant devant la tiare assyrienne; on peut flatter un désir caché sans assoupir des craintes secrète^. Les Césars avaient ouï dire vaguement que Jésus-Christ avait parlé d'un royaume et que les chrétiens en méditaient la conquête; ils les croyaient surtout fauteurs de l'anarchie démocratique. Il fallait avant tout eflàcer cette double impression. Rien ne fut négligé pour y réussir.
Saint Justin établit dans son Apologie que « les Chrétiens peuvent seuls rétablir l'ordre dans l'empire au moyen de la monarchie réformée par le christianisme. Placés sous les yeux de Dieu, ils sont gouvernés par la conscience, supérieure aux lois humaines; le royaume du Christ n'étant pas de ce monde, cette expression ne doit pas effrayer le pouvoir. Si leur ambition était terrestre, ils s'en cacheraient avec soin au lieu de le confesser hautement, même en face des bourreaux (1). »
Ainsi les apologistes chrétiens séparaient^ non vaguement, non sous une phraséologie obscure, mais d'une manière nette]et précise, l'autorité souveraine de toutes les autres combinaisons de la puissance publique; ils la considéraient comme un fait nécessaire, comme |la seule condition de l'ordre politique, et, la distinguaient entièrement de son origine élective et sénatoriale; aussi pros-
(0 Saint Just. Phil. et IVIartyr. Apol., I.