‹ Histoire de la royauté considérée dans ses originesChapitre 56 sur 191 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

crivaienuils en elle, tout ce qui venait de cette source, tout ce qui se rattachait à la théologie de la république romaine : les sacrifices, Tencens, Tadoration, Fapothéose. Ils rejetaient ces accessoires, et réduisaient la puissance du monarque à Texercico d'une autorité purement humaine sans aucun mélange de nature divine ; mais dans cette mesure ils lui rendaient un hommage sans restric^ tion et lui vouaient un service fidèle. Pour eux, répétons-le , la république, le oénat, n'existaient point, il n'y avait que l'empereur ; ils servaieùt dans ses armées et violentaient même par ce devoir leurs répugnances naturelles; quelquefois ils repoussaient les couronnes, les ornements militaires ; mais cette répulsion n'était ni générale, ni universellement approuvée. Les chrétiens n'en* iraient dans aucune conspiration, ils ne refusaient point le tribut } enfin, constamment rebelles à la république, ils étaient non moins constamment dévoués à la monarchie, et pour couronner ce système plein de simplicité et de force, ils en appelaient aux textes mêmes de notre sainte loi et disaient après Jésus-Christ : « Rendez à César ce qui « est à César. »

Si notre divin Sauveur avait daigné manifester sa pensée avec une précision rigoureuse, conforme aux usages et à la constitution romaine, si sa parole pouvait être ramenée à ce sens étroit, il aurait

ilO HISTOIRE DE LA ROYAUTÉ.

dit : « Rendez à la république ce qui est à la ré- « publique. » Mais il n'a pas parlé ainsi, et dès ce moment la royauté a été sanctionnée par le Christ. Ainsi Font entendu et interprété les pères de TEglise(i)« Saint Justin est formel sur cet objet. Il commente les paroles divines et en applique toujours le sens aux roi» et à la fuUsance royale (2).

Les empereurs ne comprirent celle situation que tard ; blessés dans leur divinité officielle, ils se crurent méconnus dans leur pouvoir, et malgré un antagonisme perpétuel avec le sénat, ils épousèrent seft haines et servirent ses vengeances contre aoe religion qui attaquait non le génie de Tempire, mais celui de la république. Gel appui du Verbe nou-

(l)On trouve dans un recueil ces incroyables paroles : « Quoi! vous en êtes encore à la distinction de l'Evangile ! Rendez à César ce qoi est à Ctar et à Dieu ce qui est à Dieu. Vous ne savez donc pas que cette distinction, dans la bouche de Jésus, ne fut qu'une Ironie, v P. LiCroui, Revue Indépendante. T. l*', deuxième livraison, p. 307.

{%) « Illud eliam studio iiobis-est, ut vectigalia et census lis, quibus hocmunus couimisistis priinioninium pendamus;qaemadmodum ab eo sumus instiluti. IHo nanique tempore aceedentes quidam, percunctati sunt ex illo, an Cassari veciigalia pendere opérât P Qui responsnm hoc ab eo retulere : DioUe, inquit, mUU, eujus imaginem nummuê habet PQui ubi dixissent, CoMarU : Red" ditef ait, qum CiBsariisunt: et quœ DH, Deo. Proinde nos soluni Deum adoramus ; vobis autem in rébus aliis Ittli serviwus ; lUges ac principes hominum esse agnoscenier ] et simul precantes» ut cum Regia poUstate sanam quoque mentem obtinere comperiamifri. » Just. Phil. et Mart. Ap. I, 17. (Hagae Comituiù de Hondt, 1749.)

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