LIVRE II. lil
veau leur était d'ailleurs promis à des conditions qu'ils n'étaient pas encore dignes d'apprécier ni d'atteindre. Le christianisme leur montre un Dieu unique placé au dessus de leur tête, un Dieu qui n'est désarmé que par le repentir et leur promet la puissance au prix de la vertu. Accepter un tel juge, c'était renoncer aux saturnales immondes d'un pouvoir sans bornes et sans frein. Toutefois, s'il faut en croire Tertullien , cette tendance du christianisme si favorable à la monarchie, éclata dés l'origine de la religion nouvelle et parut nettement aux yeux de Tibère. Averti par les dépêches de Ponce-Pilate , il ordonna au sénat de placer le Christ parmi les Dieux (1) ; le sénat retrouvant une volonté pour la première fois depuis l'avènement des Césars, se refusa avec obstination an vœu du prince. Rapporté comme notoire par Tertullien et généralement adopté de son temps, ce fait a été nié depuis, il a été taxé d'invraisemblance (2) , mais peut-être n'en a*t-on pas pénétréle véritable sens. Tibère était un esprit défiant, caché, très éclairé d'ailleurs sur les sources et les conditions du pou voir . Le sénat n'était pas encore u n ramas de colons, de municipaux, d'atTranchis et d'asiatiques; les grandes familles nobles et pontificales existaientavec leurs ti*aditions, leurs clients et leur
(I) Tertul. A]K)1.,51,S1.
(3) Neander.
orgueil ; elles conservaient cette saveur romaine h peine altérée par le mélange de quelques agrégations Cisalpines et (îauloises. Si les lettres du procurateur Pilate furent en effet mises sous les yeux de Tempereur et du sénat, ce qui n'a rien d'improbable, l'un et l'autre purent y découvrir aisément qu'il ne ^'agissait pas d'un de ces cultes vagues et sans signification politique, dont l'adoption n'importait guère à la république ni à l'empire , parce qu'il était facile d'absorber le dieu étranger dans les dieux indigènes et le mythe asiatique dans le mythe gréco-romain. Peu importait en effet qu'Apollon s'appelAl Mithra , ou Vénus Astarté. Ici c'était avec Tunité de Dieu proclamée en principe, une série de maximes morales , une philosophie pratique très complète qui flétrissait les superstitions vaines, les penchants idolâtres, les vices excessifs , tout ce qui constituait l'organisation du vieux monde, et en même temps traçait avec fermeté non seulement les devoirs mais les droits du pouvoir suprême. Tibère et le sénat pouvaient ne pas s'y tromper.
Le fait est douteux, cependant une chose certaine , c'est que les successeurs de Tibère n'égalèrent'pas son intelligence sur une si grande question. L'esprit du christianisme mieux compris à sa source, s'altéra et s'obscurcit dans ses progrès. On le confondit avec le judaïsme. A leur haine réci-