LIVRE II. 4i
proqoe on les crut aifiément frères. Les Actes des Apôtres nous montrent partout et sans cesse les chrétiens poursuivis par les Juifs; les victimes des Hébreux furent les premiers martyrs. Néron et Domitien les persécutèrent avec fureur. Néron ne fit que suivre contre eux les instincts de sa férocité naturelle. La haine de Domitien également ardente^ fut plus systématique» plus motivée; il voulait opérer une réforme austère dans le paganisme. Prenant au sérieux son rôle de chef du culte 9 cet empereur punit de mort les vestales prévaricatricesy et frappa la religion chrétienne à titr^ de superstition étrangère. A cette époque» l'opinion qui calomniait le christianise » devint vulgaire » générale : toutes les classes, tputes les intelligences en furent pénétrées et les esprits d'élite y trempèrent à régal de la plus vile populace. Tacite écrivait sur les chrétiens ce qu'en pensaient les Glarisnmes de la Curie , les portefaix des Carènes , les matrones consulaires et les cochers du cirque, oa plutôt» c'est dans les derniers rangs du peuple, c'est dans le Forum» dans l'échoppe. des petits marchands» dans les casernes» dans les bouges où s'amoncelaient les esclaves» c'est là seulement que la croix était embrassée. La religion nouvelle s'y répandait avec une rapidité prodigieuse ; mais les sénateurs» les grands esprits» les hommes d'état et de lettres n'en avaient que l'idée la plus confuse;
il4 HISTOIRE DE LA Rt>YAUT£.
leur ÎDSiinet no la devinait que sous un seul rapport : son antagonisme avec les vieilles lois et les vieilles mœurs de la république; c'est ce qu'ils appelaient emphatiquement la haine du genre humain , Odhan generii kumani.
Cependant la nécessité d'une réforme se faisait sentir au polythéisme lui*nième ; les empereurs du moins ressayèrent , et nous avons vu Domitien y porter son caractère dur et son esprit étroit. Nerva, successeur de Domitien , vit comme lut que c'était une tAche inévitable. 11 Faborda non par la forée du pouvoir suprême, non par un déploiement exagéré de ses privilèges de grand prêtre et de censeur 9 mais par le mysticisme; il opposa au christianisme one sorte de paganisme christiaiiiséi maladroitement calqué sur la morale évangélique. Il protégea vivement ApoUonius de Thîaae, honuM d'une immense renommée dans son temps , corn* posé bizarre de sagesse et de folie; pour les mis philosophe^ pour les autres jongleur » honnête cependant, consciencieux, désintéressé, rempli de courage. 11 avait bravé Domitien ; on parlait de ses prédictions, de ses mirades, on racontait qu'è l'exemple de Pythagore, il s'abstenait de la chair des animaux , qu'il se faisait même un scrupule de revêtir leurs dépouilles. ApoUonius était un saint du paganisme (i). Mais quoique sa mémoire
(1) Tout en regreitaut qu'il ne fût pas darélieo, Sidoîae AimUIr»«>»» »n bit un très bel éloge.
LIVRB 11. 115
ak traversé les siècles, son influence ne fut pas de loi^ue durée. Placé sur les confins de deux mondes intellectuels , il vécut à Theure où le crépuscule et Taororo se combattent à la fois d^ombres et de lumière. La pensée d'Apollonius n'était qu'un faux et terne, reflet (I).
On connaît la politique ambiguë de Trajan à Tégard des chrétiena : point de recherches contre eux, mais convaincus, ils seront punis. TertuUien s'élève avec toute la force de Tindignation et de Té^ loquence contre un arrêt lâc)iemeut évasif , caractère trop fréquent des époques indécises, sans croyance véritable et sans point d'appui moral. TertuUien est indigné ; il a raison de l'être : la justice , la logique» l'huakanité, condamnent à la fois cet arrè( } oiais Trajan voulait se maintenir en bons lai^ports avec l'aristocratie. En punissant les chré-tiens accusés , c'est i dire accusés par le sénat ,
il les sacrifiait à son union avec le premier corps de l'Etat. Combattant sur l'Araxe ou sur l'Euphrate» il ne voulait point laisser derrière lui de séditions à Rome, et jetait les chrétiens en proie à sa politique, comme Néron les avait immolés à sa
(1) Philostrat. Sophist. — Tiliemont — Neander. Noas pourrioos parier, d'après Hégésippe^ de la crainte qu'inspirèrent à DMuitieD quelques Hébreux qui se disaient de la raee de David et prétendaient au trône de Jérusalem ; mais, quoique cette anecdote semble entrer dans notre sujet, son extrême inyraisembSanoeiioaaiSMteàla rejeter.
cruauté. Si Hadrien et Antonin en arrivant à Tempire commencèrent par persécuter le christianisme, ce ne fut qu'une mesure d'avènement, une courtoisie envers le sénat. Chacun de ces deux princes ne tarda pas à comprendre » dans le- sens de son propre caractère, qu'il ne lui convenait pas de persécuter la religion nouvelle : Hadrien s'en aperçut en politique, Antonin en moraliste. Malgré la confusion perpétuelle établie entre les chrétiens et les Juifs, Hadrien sentit par expérience que leur cause, loin d'être commune, était entièrement opposée. Jamais les Juifs ne s'étaient volontairement plies à l'autorité impériale ; même sous leurs Té' trarques, ils avaient laissé percer une haine implacable. Depuis la ruine de Jérusalem par Titus, la révolte n'avait cessé de fermenter dans leurs âmes.' Sous Hadrien elle éclata plus furieuse. Un de leurs chefs,Barcoch6bas,s'efforça de renouveler la royauté de David et de Salomon. Vainement il essaya d'attirer les chrétiens dans son entreprise; n'ayant po les entraîner, il fit couler leur sang à grands flots. Hadrien se rendit à un exemple si manifeste. Tandis qu'il portait dans Jérusalem vaincue le deuil et rignorainie, et qu'il effiiçait jusqu'au nom de la ville sainte, i tel point qu'un siècle plus tard, personne, dans l'empire romain, ne savait plusqu'>Elia Capitolina s'appelait autrefois Jérusalem ; tandis qu'il mettait Vénus sur la montagne de Sion, un