LIVRE
pourceau de marbre sur les portes inierdiieSy et qu'il chassait à jamais les Juifs de renceinte sacrée, ii ordonnait au gouverueur, Séraous Gra-* nianus» d'admettre à son tribunal les accusations sérieuses contre les chrétiens, mais de dédaigner les plaintes et les clameurs vagues ; il lui défendait surtout de repousser et de punir ceux de leurs ennemis personnels qui les attaqueraient sous prétexte de religion ( 1 ).
Hadrien mourut méditant des temples à Jésus- Christ. Qui sait ce que le christianisme pouvait at" tendre de cette imagination mystique et ardente? ses égarements mêmes pouvaient amener une miraculeuse pénitence. Antonin-le-Pieux se hâta d'arrêter une persécution soulevée à Rome et surtout dans les provinces , par quelques procoiisols membres ou clients du sénat.
Mais sous Marc-Aurèle, la persécution émana de l'empereur lui-même : elle fut dure, cruelle, impitoyable, abondante(2), malgré ses vertus, malgré sa philosophie et peut-être à cause d'elle. Marc-Aurèle n'était pas seulement un empereur, c'était un homme de parti comme sénateur, un sectaire comme stoïcien. Nous ne nous arrêterons pas aux aveux qui lui furent arrachés en faveur du chris-
(1) S. Just. ap. Tillemont.
(i) Acu. S. Syokphoriani (99 Aog.) in Act. P. Pet. Greg. Tur. de Gloria Mart. Act. S.Polycarpi (96 jan.) Euseb.— Tillemont. — Scaliger. Aniniadvers. inChr. Euseb. N. 91S3.
tianisme par lea prodiges de la Légion fulmînaote. li nous suffit de suivre la marche de la Mooarcbie, saos nous arrêter aux faîis spéciaux plus ou moins contestés et sans attacher môme une importance exagérée à l'influence des caractères particuliers, moins puissante que la forjce des idées et la nécessité des situations.
Malgré trois ou quatre martyrs tombés dans les provinces sous le règne de Commode (i), ce monstre ne persécuta point le clirislianisme. Les historiens paraissent embarrassés d'expliquer co«i* ment, par une exception inconcevable, les chré-* tiens jouirent seuls d'une paix refusée i tout le g^are humain ; ils n'ont pu comprendre surtout par quel miracle le retour de toutes les calamités publiques devint pour eux le signal d'une paix inconnue. Us ont cherché à expliquer ce phén<K mène par des anecdotes. Martia, disent-ils, favorite de Commode, était chrétienne. Elle lui inspira des seotimenls favorables pour ses frères. Mais à quel titre y réussit-elle? Par quel argument put-elle adoucir l'ame la plus cruelle et, ce qui est plus difficile à vaincre, la plus lâche qui fûtja* mais? comment put-elle soustraire à cet empereur athlète les chrétiens, pâture ordinaire des lions et des léopards? que vint-elle alléguer pour leur salut? La douceur de leurs mœurs, la pureté de leur doc-
(l)TiUemont. T.ll,Enip.
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trine? Mais Commode, soaillé de tons lesTÎces, aurait puni cette apologie comme une injure ; mais Martia elle-même , concubine de l'homme qu'elle frappa plus tard sans pitié , ne pouvait recourir à des arguments qui la condamnaient à Fégal de son effroyable amant. Martia ne put fSsiire entendre que les conseils de la politique. Peut-être avait-elle une ame forte* A en juger par la prudence , par la fermeté avec laquelle elle résolut et exécuta la perte du tigre , c'était une femme d'action et de cou-* rage. Pour arracher les chrétiens à Commode, croyez bien qu'elle ne vanta ni la simplicité, ni Finnocence de leur vie ; elle parla , et hautement , de leur attachement au pouvoir suprême ; elle montra en eux les ennemis du sénat et les amis de l'em-^ pereur, les citoyens désobéissants et les sujets fidèles, les mauvais républicains et les excellents impérialistes. Le christianisme était déjà puissant comme religion , pas encore comme gouvernement. Pour arriver à lui, Rome devait passer par l'Orient; quatre femmes Syriennes lui montrèrent cette voie.
LB8 QUATRB JULIB8. ^ PALMTAS. — BUROMS ASIATIQUE ET
ROTALB.
Dans la Tille d'Emèse, sur la frontière de la Syrie et de la Phénicie, s'élevait un temple consacré au dieu ÈlagabaaK Selon les uns c'était le Sdeil, selon d'autres Jupiter ; mais sans l'assimiler à aucune des divinités de l'Olympe, l'Asie n'y voyait qu'un symbole de la force génératrice qui fo-
mente et reDouvelle incessammeni la création. Un cône de pierre noir^, un phalle grossièrement tail* lé, image de la féconde divinité, se conservait dans un sanctuaire éclatant d'or et de pierres précieuses. La forme du temple nous est inconnue. Aih cune description exacte ne nous en a transmis les proportions architecturales et la décoration plastique; mais sur des indices analogues , l'imagination peut reconstruire ces édifices mixtes , ces monuments d'un caractère indéterminé où le choix a remplacé Tinvention, et qui semblent combinés par le souvenir plutôt qu'inspirés par le génie. Fondé» embelli du moins, à une époque de fusion et d'édeotisrae ^ le temple d'£mèse devait être un produit du système des Séleucides modifié par le style impérial. Grec de lignes, romain d'élévation , asiatique de type^ il commandait par ce mélange môme l'admiration des rois et des satrapes, le pieux respect du peuple et l'afQuence curieuse des soldats campés en grande partie sur cette frontière. Toutefois, le temple d'Emèse et sa voilte incrustée, son pavé de mosaïques, ses portiques de marbre «t leurs coionMs aux fûts polychrônes , cette ornementation hybride que l'art moderne vient de reproduire avec tant de vérité et de grâce (I), Coûtes ces beautés enfin, mélange du goût
(1) La Siraitonice de M. ln%tes, cabioet de S. A. R. M^H^ duc d'OriéaBB.