XII PROLÉGOMÈNES
ber leurs griffes au cri de son armée célesie. Le toit de soa palais monte jusqu'aux nues et remplit rinienralle de deux montagnes. Autour de lui, sont rangés d'un câté les licornes et les lions contenus par des chaînes de diamants; de l'autre, les éléphants de guerre portant des tours. Les guei^ riers attendent appuyés sur des massues d*or; le roi, ceint d'une couronne de rubis , siège sur un trône de turquoise. «Il a la stature de cyprès , le charme de ia lune et l'éclat « du soleiL Dans ce fatte de la grandeur , sou cœur est « humble, sa langue est pleine de douces paroles. Tel est le « roi, la crainte et l'espoir du monde. »
Il parcourt l'univers, punit les mauvais, récompense les bons, et partage le globe entré ses deux fils ; à l'un le pays de Roum et l'Occident; à l'antre, le Turkestan et la Chine; puis à son dernier né, à son bien-aimé, l'Iran.
Ainsi le chantre royal , l'admirable poète du Shah- Namela, célèbre les premiers et fabuleux monarques de la Perse : Kayoumor, Djemschid, Feridoun. Hommes» il leur remplit jusqu'au bord la coupe de l'adversité; rois, il les entoure d'une inaltérable auréole. Gomme la royauté persane n'est point une institution, mais un culte, le ton du Shah-Nameh devient tour à tour celui de l'hymne et de la prière. Il ne faut point attribuer au mahométao Ferdoussy la couleur religieuse de son 'épopée ; il Tavait reçue de la tradition et n'aurait point osé Taliérer; Pour en retrouver le modèle, il faut remonter jusqu'à Zoroastre (1).
• Les rois, dit Zoroastre, sont animés d'un feu qui leur est
(1) Shah-Nameh (Livre des roisj, traduit par MohI. Paris, imprimerie royale. ^ Anquetil DuperroD^Zend-Avesta.
PROLEGOMENES. XI 11
« propre y c'est le feu qui brûle devant Omiasd et qu'ils re- « çoivent de l'autorité dont ils jouissent. »
Nous ne parlerons ni de TEibiopie ni de TÀssyrie; Tune trop ignorée ; l'autre trop chantée. Par une exception aux mœurs de l'Asie , Sémiramis sortit de la condition privée pour monter sur le trône (1). Malgré le vice de son origine, Sémiramis n'est pas seulement une reine , c'est la royauté même. La renommée , infatigable à répéter ce nom y devient Tépithète flatteuse de toutes les femmes grandes et royales (!)•
Les premières colonies qui d'Orient se rendirent en Grèce furent certainement égyptiennes.
La science moderne s'est efforcée de le nier, mais la vanité hellénique elle-même n'a pu parvenir à effacer ou à dénaturer ce souvenir. Qu'Argos ou Sycione aient été le premier royaume établi dans THellénie ; que le nom de Phoronée ne soit autre chose que le titre de Pharaon avec une désinence grecque; que Danaûs appartienne ou non à cette race d'Hiksos ou rois pasteurs, chassés d'Egypte par la dix-huitième dynastie, c'est ce que nous abandonnons au débat contradictoire de la science $ maisqn'Inachus, Lelex, Phoronée, Gécrops et Danaûs , émanés de la royauté primitive, entourés de l'autorité à la fois religieuse et civile que rOrient conférait à ses monarques, soient étrangers à l'Egypte , c'est un démenti trop formel à toutes les tra-
(1) L'exemple daMèdeDcjocès est analogue k celui de Sémiramis; c'est un épisode exceptionnel, une révolution. Après lui, l'hérédité royale reprit immédiatement son cours, et sa dynastie ^nra même assez longtemps.
(2) Pour parler de la Chine , longtemps fermée k nos regards, nous attendrons le résultat du coup de canon que vient de tirer l'Angleterre.
XIV PROLBOOMBUBS.
dkions de Taotiqullë. Il es4 d'aUtaire fondé sur des preuves trop légères (1).
Les premières migraiioDs qtii peuplèrent la Grèce tarent donc égyptiennes et s'étendireni envin^n de 1850 à i&9<^ avant fère chrétienne.
(i) Voir sur l'horrenr prétendue des Egyptiens pour la mer et sur la navigation des Egyptiens, Ghampollion-F'igeac, Egypte andemiê, p. 47 1 50.
Tandis que les plus vasies éiais de l'aDîvers prenaient une forme sous les mains de la royaulé; tandis qu à sa voix Baissaient à la fois les arts du luxe et ceux de la vie commune, un ennemi s'éleva contre elle. Inconnu longtemps, méprisé ensuitCi dompté plus tard, il lui porta, dès la première attaque , une blessure profonde, et, d'un choc, il la fit trébucher sur tousses trônes.
Ce fut une guerre d'extermination ; appuyée seulemeut sur la force matérielle f le résultat n'en aurait pas été douteux. Des deux côtés, la mëm^ haine, la même soif de vengeance et de sang. Mais, d une part^ des masses formidables , desmyriadesde peuples sous un chef unique ^ mille et mille bras aux ordres d'une seule téie; tous les moyens alors