XVI PROLÉGOMÈNES
connus d'agression ou de défense dans des proportions gigantesques; de l'autre, un peuple, une peuplade, une tribu, presque une famille, «ans union comme sans force, manquant de tout, même du sol pour y imprimer ses pas, marchant à travers les déserts à la conquête d'un territoire ou plutôt d'un abri.
A l'hérédité royale , un nouveau droit fut opposé ; à côté de l'héritage surgit tout à coup l'élection ; auprès de la puissance d'un seul, se dressa le pouvoir de tous, ou pour mieux dire, de quelques uns. Des accents jusqu'alors inouis retentirent pour la première fois, dans le désert, loin de toutes les voies frayées. Des hommes errants et persécutés les entendirent bientôt au pied des montagnes, sur le bord des torrents, dans les épines de broussailles sauvages. Mais ces montagnes, ces torrents , ces buissons, resplendissaient de miracles , mais cette voix parlait un langage inconnu, plein d'une autorité invincible ; mais ce langage était dans la bouche d'un homme inspiré , et un livre divin nous l'a transmis.
C'est dans lé Pentateuque qu'on rencontre la première notion du gouvernement électif. Il y a deux parties très distinctes dans la Bible : le précepte et le récit, le dogme et l'histoire, les choses de la foi et celles du gouvernement. Les premières ne doivent jamais sortir du tabernacle; il n'en est pas ainsi des autres. Celles-là regardent nos destinées éternelles ; celles-ci appartiennent à notre fortune passagère. Il faut le redire, le problème politique dont rien n'annonce encore la solution ^ a été posé pour la première fois, dans les cinq livres de Moïse. Cette doctrine ne fut point Tœuvre laborieuse d'un effort successif; dès le premier jour, elle apparut entière, complète, «t armée.
De tous les établissements humains, la royauté est le plus ancien , le plus CQmJbattu et le plus persistant.
Les preuves de cette rente sont dans les origine mêmes de Tinstitiitictfi royale. Noue ayons essayé de les retrouver, noa seulement par une dédoctioR philosophique^ mais par Texposition , Penchakiement , et pour ainsi dire, par la gé-* léalogie des faits.
Le pouvoir royal a jeté les premiers fondements de Tordre : en ramenant à nn centre coDUnun des unités divergentes , il a créé Fobéissance; le christianisme Fa ennoblie, en substituant le droit à la force , le devoir à la faiblesse , le monarque au tyran , le sujet à Fesclave. Par son alliance avec le principe chrëtim, la royauté a enfanté FEurope.
Gomment cette alliance a-t-elle pu s^accomplir? Quels obstacles Font retardée? quelles circonstances Font favorisée ? Conunent après avoir traversé intacte Fempire romain, et subi des phases diverses sous les barbares , l'idée royale a-t-elle failli périr sous un grand homme ? Voilà ce que nous chercherons à travers les dix premiers siècles de Fère vulgaire. Cest au moment <A FEurope est constituée dans ses éléments essentiels^ où Finfluence de la barbarie n^est plus un fait, ni Fadoption du christianisme wbl pro-^ blême; cW vers le onzième siècle, à la veille des Croisades , que nous avons cru devoir non» arrêter. Laissant à nos devanciers les fleurs «t
les fruits de rhistoire^ nous n^en avons rassemblé que les semences et les germes.
Une juste défiance de nos forces a circonscrit notre cwrière. Sur plusieurs points très importants, nous ayons été eu contradiction avec
quelques uns des chefs de Técole historique. Nous n^ayons point ^[Mffgné les textes sur lesquels notre conviction s^est fondée, et à défiiut de toute autre défense, nous pouvons nous armer du moins de la conscience de nos recher^ ches et de la bonne foi de nos intentions. Nous nous en référons là dessus aux écrivains illustres, dans lesquels nous refuserons toujours de reconnaître des adversaiïres , et que nous voudrions avoir le droit de nommer nos maîtres.
Gomme nous n^avons pas traité de telle ou telle monarchie en particulier , mais de la monurchie en général , en un mot de la Royauté , on ne trouvera rien dans ce livre, touchant les diverses formes , les diverses nuances de gour-
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vemement , tous les jours débattues par une polémique ardente, Un des grands privilèges de la royauté est de se transformer sans se détruire, de se concentrer ou de s^étendre sdon les temps, les lieux, les nationalités, selon l'état des écrits et les progrès de la civilisation : « Sa forme est » unique, permanente, simple ; elle n^offt^ point » cette variété prodigieuse de combinaisons qui » se rencontrent dans d^autres institutions , et cen pendant elle s^approprie aux sociétés qui se
1» ressemblent le moins C'est pour n^avoir
» pas considéré Finstitution de la royauté dans M tQute son ét^idue^ pour n^avoir pas, d'une » part, pénétré jusqu'à son principe propre et )> constant, à ce qui fait son essence et subsiste, » quelles que soient les circonstances auxquelles h elle s'applique ; et de Tautre, pour n'avoir pas » tenu compte de toutes les variations auxquel- » les elle se prdte , de tous les principes avec )> tesquels elle peut entrer en alliance ; c'est pour » n'avoir pas considéré la royauté sous ce doo- » Me et vaste point de vue , qu'on n'a pas tou- V jours bien compris son rôle dans l'histoire du
» monde, qu^on s^est souvent trompé sur sa na- » tnre et ses effets (1 ). »
Cette lacune, nous avons tâché de la combler.
(1) Court de M. Giiiiot (Leçon da 13jaiD 1898).
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