‹ Histoire de la royauté considérée dans ses originesChapitre 62 sur 191 · LIVRE IK · texte numérisé non relu

LIVRE IK

un plan. Sept! me débuta par eaaser les Prétoriens. Ils ne lui avaient ponrtant opposé aucun c^lacle , mais ils avaient osé porter la main sur Commode leur empereur; reproche encore plus nouveau que le licenciement de cette milice.

Cela fait, il harangua le sénat, il donna très peu de promesses et ne parla point de reconnaissance; il eut Tair d'accepter la pourpre plulôt que de la recevoir; il dit qu'il ne s'était jamais attendu au rang suprême. Dans cette situation , parlant devant le sénat, un tiomme vulgaire n'aurait épargné ni les invectives ni les affronts à la mémoire abhorrée de Commode. Septime Sévère qui méditait déjà l'hé* rédilé de l'empire, se garda bien de combler l'avilissement d'une raee devenue royale par sa con» linuité : < Sans doute Commode n*a point marché sur les traces de son père , maïs il .était jeune , il était prince, il était d'une naissance illustre. Il est plus à plaindre qu'à kair; d'indignes flatteurs ont tout fait* » Dion Cassius avait écrit la vie de Com* mode avec trop de liberté; Sévère le disgracia et ne l'investit d'aucun emploi. Plastardce princeexagéra sa pensée, il déifia son prédécesseur, il lui dressa des autels; mais à cette époque, Sévère n'était plus un politique : il ne jugeait plus la situation en hotnme d'état; il cédait à un bouillonnement de colère royale. Hostile à la transmission du pouvoir, lesénat avait demandé à genoux la permission de

i28 HISTOIRE DE LÀ. ROYAUTÉ.

traîner aux gémonies le cadavre de Commode. Sévère s*en ressouvint toujours. Pour lui , Thérédilé n'était déjà plus une opinion, c'était un droit; il avait foi en lui-même» en sa race : il venait d'avoir deux fils. Dès ce moment, il voulut descendre de Marc-Aurèle et lui succéder par héritage. Dans les monuments publics qui immortalisent cette prétention , Sévère se prétend positivement frère de Commode (I). t Saluez mes successeurs et mes fils les Antonins, » dit-il en présentant sa famille au sénat et à l'armée (2). Femme et mère non seulement d'un Auguste futur, mais de toute une dynastie d'Augustes, déjà la syrienne Julie embrassait avec avidité ces doctrines de l'Orient, elle les encourageait par son exemple et s'associait elie*mème à la toute puissance.Le nom ordinaire d'Augusta, celui de mèredes trou pes : mater ccMrarum inventé par ihiustine ne suffisait plus à son ambition. Il lui fallait des titres nouveaux, des appellations inouïes. Les femmes d'empereurs, nous l'avons vu, n'empruntaient pas à cetle alliance un caractère personnel et indélébile. C'était trop peu pour Julia. Accoutumée à voir, en

(1) Eckhel rapporte une inscripUon qui reofenne sans rien omeUre, quoiqu'en style lapidaire, toute la snite delà descendance qneS^timeSéTère s'était attribuée. IMP. CJSSAR. DIVL MARCI. ANTONINI. PII. GERM. SARMATICI. FILIYS. DIVI. COM- MODI. FRATER. DIYl. ANTONINI PII. NEPOS. DIVI. HA- HRIANI. PRONEP. DIVI. TRAIANI. PARTHICI. ABN. DIVI NERVi£. ADNEP. L. SEPTIMIYS. SEVERYS. etc.

(t) Spart, in Geta.

LIVBE II. 429

son Orient, la dignité de reine survivre à la perte d'un époux ^ elle tenta quelque chose d'analogue. L^empereur était prince du sénat; elle voulut participer à cette fonction et osa se faire déférer le litre de mère du sénat. Rien n'était si varié que son génie. Entourée de philosophes, d'astronomes^ Julia distribuait des chaires dans Athènes, ordonnait à Pbilostrate, d'écrire l'histoire d'Appollonius de Thyanes, interrogeait avidement les arcanes de l'astrologie et cédait aux hallucinations du mysticisme (i). Quelquefois railleuse et brave, elle suivait l'empereur à la guerre, portant jusque dans les brumes de la Calédonie l'urbanité romaine, la fantaisie orientale et le sel attique. C'est alors et probablement sous les auspices de l'Augùsta syrienne, qu'on vît renaître le siècle des Amazones : un combat de jeunes filles attira tons les regards sur ce spectacle^ le seul qui semblât encore nouveau (2).

Septime avait les mêmes penchants : il ne se contentait pas de conquérir l'Orient , il (»arcourait la Syrie, l'Egypte,, non seulement en triomphateur mais en initié. Jusque dans le tumulte de la guerre^ il s'arrêtait au fond de quelque temple, rêveur et charmé. Un recueil d'oracles , un livre d'antiques

(1) Tzetses in Lycophr.

()) Dio. €as8.

i30 HISTOIRE DE LA ROYAUTÉ.

dynasties, les paroles d'un prêtre suffisaient pour le captiver tout un jour , et la nuit le surpreoak au fond des pyramides et des crypte^ à ia pAle clarté des lampes sépulcrales (1). Brûlant de la soîC d'une religiou nouvelle, il s'éloignait des soufcea vivifiantes qu'il ne voulait pas connaître, et cbsrchait à saisir dans des songes ce qu'il pouvait arw racher d'une main ferme à la vérité* Toujours son imagination fut inquiète et méditative ; mais jeune, ambitieux , ses visions avaient la clarté , l'enjoué* ment de l'espérance. Tant qu'il n'était rien, BxNBiie lui apparaissait baignée dans une forme indécise ; le génie de la ville éternelle montait jusqu'à lui dans les sons mélodieux d'un concert de flûtes et de lyres } Tempire désiré lui semblait alors une harmonie (2) ; mais lorsqu^il eut vécu longtemps au centre des discordes intestines et civiles, lorsque après avoir été tout , il sentit que tout n'était rien (3) , ses apparitions devinrent sombres. Il ouvrit brusquement le tombeau d'Alexandre , puis il le fit murer. Auguste avait traité ce monument comme une demeure royale, Septime Sévère comme la grotte d*un magicien.

La transfusion des métaux les plus hétéro*

(1) Dio. Cass.

(i) Dio. Ca88.

(3) Spaii. in Ssvcr.

Page 1