‹ Histoire de la royauté considérée dans ses originesChapitre 66 sur 191 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

son sein sourdement rongé par un cancer. Plus tard, traitée en Augusta , maintenue dans ses honneurs, elle reprit à Tambition. Elle avait touché le sol de l'Asie , ce théâtre des rêves de sa jeunesse : Sémiramis avait fatalement repassé sous ses yeux avec son cortège de tigres apprivoisés, son manteau d'or et sa couronne astrale. Syrienne , Domna avait des partisans, des amis en Asie; elle les avait ménagés non plus pour commander sous le nom d'un époux ou d'un fils, mais pour régner seule, par . elle-même, sur l'Orient, peut*être sur Tempire. La malheureuse femme voulut vivre encore. Le cancer irrité ne lâcha point sa proie. Bientêt , de nouveaux ordres de Rome lui ravirent jusqu'aux apparences de sa graudeur; elle les dédaigna fièrement, et sans attendre les progrès inévitables mais trop lents du mal, elle se laissa mourir de faim (i).

Alors parut sa sœur, cette Mœsa oubliée jusqu'ici par l'histoire, comme elle avait voulu se faireoublier par ses maîtres. Tant que vécut Domna, Mœsa, discrète et prudente, avait caché son ambition et ses vastes projets. Accroupie à l'ombre du gynécée impérial, puis chassée de Rome et renvoyéeen Asie, son obscur berceau, Mœsa résolut de retourner sur le Palatin et d'y renouer la chaîne dynastique in-

(1) Dio. Cass. — Spari.

lerrompue par la dominatioii de Maeria et par les malheiursde Jolia. La lF»nsini6si<Mi héréditaire plaisait aux soldats parce qu'elle était odieuse anx se* naleurs. A partir de Septime-^Sévère , les prinees profitèrent de oelte disposition avec iuibiieté. Les soldats voulurent «n Antonin^ Mossa se chargea de le trouver.

Elle avait deux filles : Julia Soémias et Juiia ManiiDœa veuves de riches Syriens. Chacune deees femaies avait un fils unique. Sk^ëniias vraie bac* chante , luxurieuee et folle ; Mammoea, irréprochable dam ses suBura, altière , grave et avare ; toutes deux belles ^ séduisantes du moins et faites po«r imposer ou pour plaire. Un prince issu de MaM> Aurèle, un descendant véritable ou prétendii^ pouvait seul reinplaoer Macrin. Mmsu promit ée lenontrer aux colons militaires établis à Emèse« L'armée romaine y campait encore. H y avait parmices Croupes des exilés, des proscrits. Mcesa en connaissait quelques uns, elle se rapprocha d'eux et de leurs femmes^ elle les conduisit au temple du Soleil et leur montra au fond du sanctuaire, au milieu d'une théorie de vierges, un jeune prêtre d'une beauté merveilleuse,semblableaux statuesde BacchuaEleuthère ou d'Apollon Musagéte. Ils restèrent frappés d'ad** miration : c Yoyez^ leur dit-elle alors tout bas, voyes a le pur sang de vos princes. Ce prêtre, onpIutAt ce < jeune Dieu qu'on nomme ici Bassianus, Varius,

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« OU de tel attire nom q^n'on lui donne pour cacher « leaien , c'est Antonin, o*eat le fila d'Antonin Ga- « racalla, il est né de votre imperator et de ma fille « Soëmias. » A ces insinuations , Mœsa ajoutait l'appât de Ter ; elle en avait, disait-elle, des raon^ oeaox, destinés aux soldats sWk ren^jlaient un hért'tage légitime à son petiufils. Les soldats Te prodansérent., charmés de son nom , de ses richesses et surtout de sa beauté (1).

Tandis que Thérédité a'appuyait en Syrie sur nn mensonge ou du nains sur un scandale, elle tâchait de se glisser subrepticement à Rome.Macrin, qm wubit passer pour nn élu du sénat, commença par déclamer :contre les droits de la naissance et la noblesse du sang (3) ; il attribua tous les vices dé GemmAdeet de Garacalla à rbérédité, et prétendit qu'une famille patricienne élevée au trône unissait toujours Fingratitude à l'orgueil : « un empereur f plébéien est bien autrement reconnaissant, il «c fi'oubKe jamais ce qu'il doit aux sénateurs, et « nème il continue par hi^bitude à les traiter avec < respect. » Enfin Macrin laissa entrevoir que non seulement il consulterait les pères conscrits, mais qu'il leur rendrait leur antique liberté, à l'exemple de Marc-Aurèle et de Perlinax, dont toutes les vertus venaient de ce qu'ils avaient reçu la couronne

(1) Herod. I. IV.

15) Herod. 1. V.

du choix de leurs concitoyens, et non du testament d'un père. Immédiatement après l'exposé de ses pri|icipes, Macrin associa à l'empire son fils Diadumène.

A peine sorti de l'enfonce, comme son rival d'Emèse, Diadumène était beau comme Rii, et comme lui, il fut applaudi pour sa beauté (1). Ce qui achevait la ressemblance, c'est qu'ils étaient tous les deux des prodiges d'impudicité et de noirceur. De tels candidats opposaient un grand obstacle i l'établissement de l'hérédité souveraine.

Tout l'avantage était à Moesa. Suivie de ses filles, du faux Ântonin et d'Alexandre fils de Mammoea, elle sortit la nuit de son temple pour aller rejoindre le camp romain. L'armée lui ouvrit les portes et pro* clama le jeune empereur. A ce bruit, Antioche se souleva en sa faveur. A l'exemple d'Aatioche, toute l'Asie se déclara moins pour le fils présumé de Garacalla que pour le neveu et le petit-fils de Julia Domna. Les troupes de Macrin se rendirent à leur tour. Les assiégés leur avaient montré, du haut des remparts, le nouveau prince entouré de sacs d'argent. Comment résister à ce spectacle? Macrin prit alors le parti de marcher lui-même au devant du faux Antonio. Il crut n'avoir affaire qu'à un epfant et à deux femmes; mais ces débiles ennemis devinrent invincibles. L'enthousiasme éleva jusqu'à l'héroïsme la fai-

(1) Spart.

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