CHRISTIAN VIII
ROI DB DÀHBIfAllft.
SlKÈ^
Je dois à Vom BLubste t hommage d'un Iwre écrit dans Ses États as>ec le secours des admirrâbles établissements littéraires ^formés pdp Ses augustes ancêtres et constamment enrichis de* puis Son règne. La haute biençeillance dont VoTMB Maje8Tb m'a toujours honoré, m'enhardit
à pUicer cette Histoire de la Royauté sous les auspices d'un Prince qui, insfesti de toutes les antiques attributions du pouvoir suprême , leur a donné Son caractère pour limite et Ses lumières pour garantie.
Je suis avec respect >
SiRB ,
De Votre Majesté^
Le très humble et très obéissant seroiteur^
S^ Primst.
Paris, 91 avril f849i
PROLEGOMENES. XVII
Toujours Statue, elle ne fut jamais bloc. C'est à son ombre que s'abriteront constamment les adversaires delà royauté; ils y cm vécu des générations entières , ils y vivront longlempsencorej longtemps leursplus fièrespensées,leurs théories les plus magnifiques ne seront qu'un écho très affaibli du livre divin. Qu'on se garde bien de méconnaître ici l'intervention d'en haut. Chaque siècle porte sa blessure, et Dieu n'applique pas le même baume à toutes les plaies. Lu royauté avait alors dévié de son chemin ; elle avait fait sortir l'homme des rocs et des forêts, mais elle s'était corrompue elle-même. Les rois d'Egypte, d'Assyrie, ravageaient la terre , accablée de leurs Pyramides et de leurs Babels.
Un temps devait venir où Talliance du sceptre et de la croix devait la régénérer ; mais ce temps était encore loin. Privée des lumières de la foi, errante au hasard de la passion et de la toutepuissance, la royauté idolâtre avait besoin d'un châtiment. Il fallait qu'un principe contraire à son essence fût pour elle une menace, une leçon et un contrepoids. Moïse lui opposa l'élection. Il frappa le rocher et en fit jaillir cette source nouvelle dont l'homme s'abreuva jasqu'à l'ivresse. Cependant, par la nature même de l'ancienne Loi, toute de promesse et d'attente, la chute du principe héréditaire n'eut rien de définitif.
S'il faut en croire uu récit de Josèphe, Moïse fut prédes* tiné à cette mission. Après l'avoir sauvé des eaux , l'Egyptienne le présenta à son père. Pharaon, en se jouant, ceignit sa jeune tête du bandeau royal. L'enfant arracha le symbole, le jeta à terre et le foula aux pieds.
L'oracle devait s'accomplir. Ce n'est point un homme
que Dieu place à la tête de sa tribu , de son peuple ; c'est
XVIII PaOLBGOMBIffiS.
lui-même , c'est le Créateur. Dieu esi déclaré Meleeh , roi des Juifs. Voilà fessence du système mosaûque.MaimenaDt venons aux détails t
Moïse appliqua Télectiun à toutes tes brandies de la société aristocratique « ensuite à la royamé elle-même, qu'il renferma par avance dans d'étroites limites (1).
C'est à tort, que le scepticisme de Voltaire a signalé une interpolation postérieure», là où Bossuetanaturellenentreconnu une inspiration du génie. Moise pressent l'inévitable retour de la royauté; elle n'est pas encore , mais d^ il la voit, et la façonne comme l'argile.
Ce n'est pas que Télection fût chose nouvelle ; l'onlre de succession au trône avait été interverti par des révcdutions ; de Menés jusqu'à Moïse, quatorze dynasties s'éfaient d^à violemment remplacées en Egypte. Mais si l'élection était flréquente en fait, elle était encore méconnue en principe. Détruit par une commotion, l'ordre de succession était im* médiatement rétabli dans la dynastie nouvelle (2).
Moïse est le créateur du gouvernement électif.
Jusqu'alors toute autorité éuit fondée sur le droit d'atnesse. Moïse ne l'abolit point, mais il lui donna une base nouvelle. Il accomplit ainsi Tœnvre longtemps inachevée, mais toujours tentée avec une infatigable persévérance par les patriarches.
Pour se rendre un compte exact de cette révolution, il ne faut point prendre le change sur ce qu'était alors le privilège de l'aînesse ; il ne donnait pas droit à la totalité d'un héritage, mais à deux portions (Deot. XXI, v. U à 17.),
(i) fteiitéroiiome, XVn, 14-20.
(9) Voir plus loin la sectioa intitulée : LeBoi.
PftOLBGOMBltSS. Xn
Il appela l'atoé seulement, au choix "de la neHIenre part, et sortout à l'iiiyeslîtare da domaine originel doat la possession consiiinaîi le cheMien de la tribu, le séjour du père de famille. C'est dans cette prérogative que consistaH surtout le droit royal 9 eonserré sans înterruption depuis rétablissement des uonarohies snria terre , jusqu'ù la royauté barbare et féodale ; droit qui ne semble point étranger am patriarches liébreux , du oMins à Abraham qui eombat les rois et traite d*égal à égal avec le monarque-pontife de
Les Orientaux ont w un «tri dans Abraham lui-même. Hicalas de Damas, cité par Bossuet , d'après Josèpbe , n'est pas le sesl historien de TanUquIlé qui ait placé une oaurome sur la tète du patriarche ; à son témoignage, il faut jMidw ceux d^Eupolème, d'Hécatée, de Polyhistor, enfin oelui de Justin ou plotdt deTrogue Pompée.Eusèbe a recueilli œs textes prédieux, et^ quoique la saine eritiqne ne puisse les admettre qu'avec restriction, cette unanimité des pins anciens kisteriens de TOment, est un firit d'une signifieniion grave (1).
Serait--il trep hardi de soupçonner que Moïse a volon^ tairenent passé sous silence la royauté des Noadiides , antérieure peut-être an déluge? Quoi quil en soit, à défaut du titre de roi , Tesprii royal se reconnaît dans Tépisode d'Esaiu L'aHénatlon de sa prérogative lé fit renoncer au choix de la meilleure part; mais il n'en conserva pas moins le sentiment d'un droit inaliénable. Jacob lui^intaie , re^ emnatt qu'il en^st ainsi. Jacd^ conduit sa famille au devant
(i) Mélchîoris Uâèëkketi Se. Theol. D. et P. de republica He* hffMran libri XII. Arastelodsmi , 1704, T. h P- 40.
XX PROLEGOMENES.
de son frère-, ils se prosternent tous devant lui. Jacob appelle Esaù son Seigneur , et lui dit : « Pai vu votre visage comme si je voyais le visage de Dieu , parce que vous m'avez été favorable. C'est assez pour moi que je trouve grâce devant mon seigneur. • (Gèn., XXXIII.)
Cependant, quoique ce premier essai de substitution ne fût pas complet, la tentative ne resta pas abandonnée; il semble même que telle ait été la pensée unique^ la penséemère de Jacob pendant sa longue vie; car même, après y avoir consacré sa jeunesse, il y resta fidèle au lit de mort. Joseph, en ce moment suprême, lui présenta ses deux fils Ephraim et Manassé. Jacob étendant sa mam droite, la mit sur la tête d'Ephrsâm qui était le plus jeune , et sa main gauche sur la tête de Manassé. Il plaça ses mains de la sorte, non selon le droit, mais par une intelligence prophétique, car c'est Manassé qui était l'atué. (Gen. , XLYIII, 10-i&.)
Eludé jusqu'alors, l'ancien droit d'atnesse est proscrit sans retour dans les idolâtres par l'extermination de tous les premiers nés d'Egypte. Condamné également, frappé du même anathème dans le peuple de Dieu, il y est rémissible et racbetable : la tribu de Lévi est substituée aux premiers nés. L'ancien droit d'atnesse est aboli ; le nouveau commence. (Nomb. VIII, 18.)
. Tout dérive désormais ' de l'institution mosaïque ; rien n'est censé avoir préexisté. Le droit royal primitif est absorbé par la grande prêtrise héréditaire et par la tribu dont le souverain pontife est le chef*
Pour compléter ces exemples , pour donner à ces premiers essais la sanction d'une mesure définitive^ Moïse intervertit Tordre naturel des tribus et éloigne non seulement du pouvoir suprême , mais du partage de la terre promise,
PROLEGOIIBMES. XXI
Raben, le chef naturel de la postérité, le premier né de Jacob, maudit par lui pour crime ' d'inceste. Mais par une malédiction commune à Juda et à Lévi. Il ne faut point perdre de vue cette translation du droit d'atnesse. C'est la clef de la révolution opérée par Moise et préparée par Jacob , car Moise ne fit qu'étendre les lois de Noé et de sa race (i). Forcé de commencer la dernière bénédiction par l'atnée des tribus , il lui accorde la vie et rien de plus. Que Ruben vive ! fu'f7(Deut. lkXS\\V)nê$oiiniretranehépar la morif ni réduit à un petit nombre. Les vœux de Moïse ne vont pas au delà. Ruben écarté, le pouvoir suprême est immédiatement donné aux deux tribus suivantes : Juda pro* tègera Israël par le glaive, Lévi par la prière ; Juda par le bras, Lévi par la tête. Les autres tribus reçoivent aussi leur partage : A Joseph, l'abondance des grains, à Zabulon, l'épaisseur des pâturages, à Dan, le commerce lointain. Epbraîm est un taureau, Gad un lion , l'huile et le fer appartiennent à Aser; la mer et le midi à Nephlali. Seul, le premier né de Jacob n'est rien.
Une faut pas croire qu'un tel bouleversement dans les idées et dans des situations réputées jusque alors inviolables, se soit opéré sans diiSculté et sans obstacle. La révolte de Goré, de Daihan et d'Abiron, fut essentiellement politique. Ils opposèrent à Moise les usages anciens et les droits acqtt&. Goré était de la tribu de Lévi, Dathan de la tribu de Ruben. Jaloux d'Aaron, pour donnera ses vues particulières les couleurs du bien public, Goré réclamait la souveraine puissance ^ faveur de Dathan , comme sue-
(1) Voir sur les préceptes des Ffoschîdes, Psstoret, Législ. III p. 31.
Ull PROiiBGOMENB».
cesseur immédial de Koben (i). A ce souvenir des vteîltes coutumes, le peuple juif s'émut fortemetti. Il 8*ima contre Moise , et menaça de le lapider. Dans ce péril Moise paraît avoir eatamé uue iransactiou. La langue biblique toujours vraie dans le sens le pUis élwéy le plus étendu, ne descend pas voloMiers au déiaîi ^ elle plaue sur les faits et n'en détermine point les contours. Josèphe supplée aux omissions de Técrivain sacré , et il résuHe de son récit, que dans l'espoir de diviser Coré et Datlmn, ayant à cœur par dessus toute cbose de ne peint taisser revivre les préleniions de la tribu de Ruben, Moise avait consenti à modifier la loi sur l'hérédité du souverain ponlificac. Con$eH$esf^*-vouê , dit-il à Coré, de voui meUre au fmng de eeux qui Oipirent à ceM dignité. C'était renoncer i maintenir le sacerdoce dans la fillatlm m&le d'Aaron, mais du côté de Ruben, le péril éiait piua pressant. An surplus, le législateur sacré n'eut aucun besoin de recourir à la politique humaine. Alinra, comme toiyoïvs, le bras ée Dieu s'étendit sur ses ennemis, le feu céleste renversa les oon* pables, la terre s'oUvrit sous leurs corps foudroyés. Josué succéda à Moïse, il acheva la guerre d'extermination qu'il avait déclarée aux rois, et les força de chercher un asyle au delà des mers (2).
(1) Josèphe.
(S) Tiaeitii SebickanliHebr.LiDg.InAcidemiaTablgettsiquondam professons. Jus regium Uebraorum, et tenebris rabhiaicis erutum, et luci donatum. Lipsie, sumplibus haeredum Friderici Lanekischi. etc. 1874. an vol. ia-4°.— Malmonides, Selden , Guncus, Basaage» Salvador, etc., etc.
IHGEATION PHEmCIEllN^