LIVRE II
Césars depuis Auguste avaieni tous agrandi le droit de cité jusqu'alors restreint avec parcimonie; après ravoir donné à quelques provinces^ ils avaient fini par l'accorder à l'état entier. Claude, Eladrien, GaracaUa , avaient mis le sceau à ce grand ouvrage. Rome, devenue empire, étouffait dans Tenceinte du Pomœrium ; il fallait lui donner de l'espace et de Tair. Cette nécessité devait échapper à l'esprit des contemporains. Dieu savait seul que désormais il faillait au genre humain quelque chose de plus grand que Rome : l'Europe.
Il semble que l'Europe aurait dû se constituer dés lors. Les Gaules que la Providence a toujours chai^^ de ces hautes initiatives , semblaient prêtes à 6n donner le signal. L'étendard de l'indépendance y fut levé par des hommes distingués. L^Histoire Auguste les traite de tyrans parce qu'ils n'a- * vaient pas été reconnus par le sénat ou plutôt par le succès. Posthumius avait gouverné les Gaules pendant trois ans, avec sagesse. Après lui Lollien, Ma* rins , Tetricus , s'étaient appuyés sur l'aristocratie gallo-romaine représentée par Yic.torinus et par sa mère Victoria , proclamée la Mère des Camps (1) ; peut--ètre auraient-ils réussi , s'ils avaient essayé de créer une royauté gauloise ; mais ils ne songèrent qn'à transporter l'empire dans la province. A cette époque, toute autre pensée n'aurait pu être ni
(1) Trebel. Pol. XXX. Tyran.
i56 HISTOIRE DL L\ ROYAUTÉ.
conçue par un général ni admise par ses trou-* pes. Elle était étrangère même aux Gallo-Romains et aux Espagnols qui s'étaient attachés à la fortune romaine. Imprégnés des mœurs de la métropole, ces peuples ne pouvaient souhaiter ou ambitionner qu'un empire Espagnol ou Gaulois, mais un empire et non une royauté. Us avaient oublié tous leurs vieux souvenirs et ne voulaient point d'autre gloire que de voir Lerida ou Narbonne , Tortose ou Autun, transformées en une seconde Rome avec son sénat, son çapitole» sa louve et ses aigles. G*est le projet de Constantin essayé et tâtonné tant de fois avant lui. La même pensée fit soulever contre Galiien, l'Egypte, l'Afrique, Tlsau* rie, l'Illyrie ; elle fut le mobile de leur insurrection, elle fut aussi la cause de leur défaite. Ces compétiteurs, s'il faut en croire (e calcul un peu forcé de Trebellius PoUion, s'élevèrent, comme autrefois dans Athènes, au nombre de trente; leurs noms si justement obscurs, sont voués à l'oubli. Nous les y laisserons.
Arrêtons-nous cependant pour remarquer deux choses essentielles : ces trente tyrans s^associèrent presque tous, leurs fils ou leurs proches parents. L'un de ces empereurs éphémères se nommait Regilianus, Dace d'origine et issu de Décebale, roi vaincu parTrajan. Les acclamations de son armée ne rélevèrent à la pourpre qu'à cause de son ori-