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folé la pourpre. Jotapianus, grand prôire d'Eiuèse comme Héliogabale, avait déjà essayé ce travestis-^ sèment, mais sans honneur et sans durée.
La trafnsformation de TArabe Odenat en empe-^ reur romain aurait été moins éphémère si un crime donettique n'avait arrêté sa fortune. Zénobie, sa femme, le fit tuer ou le laissa périr. Son attachement pour un fils d'un premier Ht, sa haine pour Ofôde, lui inspirèrent ee crime plus probable que prouvé.
Zénobieélait reine de sang et de race. Fille d* Amroù, fils de Dharb, fils de Hassan, elle était née d'une de ces tribus mésopotamiennesdont les noms et les actes annonçaient déjà les sanglantes mer^ veilles de Tlsfomisme* Malgré ses entretiens avec rhérétique Paul, évéque de Samosate, les chrétiens la croyaient Juive; mais une philosophie systéma* tique , favorisée par son caractère , nourrie par son amour propre, semble l'avoir éloignée de toute profession de foi positive comme de tonte ligne de conduite tracée à Tavance. Là ftot la grandeur de cette femme, là fut aussi sa" faiblesse. Son esprit habile, captieux, plus souple que ferme, plus co* piste qu'original^ se façonnait volontiers aux chances d^une vie laborieusement antithétique. Prèle à tout, improvisant lour à tour la ruse et Tbéroisme, la vie politique et la vie d'aventure; guerrièrc armée d'une épée et coiffée d'une tète de
de lion (1); régeote de ses enfants mineurs; docte élève de Longîn, amante prétentieuse de la sagesse grecque, elle redevenait Arabe sous la tente et défiait les Bédouins la coupe à la main (2), sauf à les traiter de brigands dans ses boutades de civilisation et d'élégance (8). On conçoit aisément qu'un tel phénomène ait frappé les esprits , mais on peut comprendre aussi que tout en éblouissant les spectateurs , tant de masques et tant de rôles soient devenus souvent pour l'actrice un embarras et un obstacle. Quoiqu'il ne soit pas avéré que Zénobie ait conquis l'Egypte, ses succès militaires lui laissent encore une large part de gloire. Gomme Odenat , elle contenait les Perses et, de plus que lui, elle bravait l'empire qui, sous Gatlien, l'avait maladroitement repoussée. Son plan était vaste, c'était celui de Gléopâtredont elle croyait ou voulait descendre. Elle ne prétendait pas, comme Tetricus ou Victoria, transporter l'empire dans les provinces, mais comme Gléopâtre qui voulait rester reine d'Egypte en abandonnant la république à l'enfant Gésarion, elle se promettait de demeurer reine d'Orient et de n'entrer dans Rome que pour lui imposer ses trois fils. Déjà, ils avaient pris la
(1) Voir les médailles de Zénobie.
(2) Trebell. Poil. XXX, Tyr. el Flav. Vopisc. in Divo Aurelian.
(3) « Latrones Syrii exercîlum luum , Aareliane, Ticerunt. » Fia?. Vopisc. in D. Âurel.
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pourpre » tandis qu'dle même conservait , sans t'aTOÎr quitté un seul instant , son diadème asia- Uqoe. Pour réaliser un si beau rêve, il foUait une suite d'empereurs semblaUes à Gallien, il fallait qa'il n'y eût plus un seul bras pour défendre Ronde ; il était nécessaire qu'Arabe » et rien qu'Arabe » Zénobie exerçât sur ses sujets un prestige sans bornes et sans lacune. Il n'en était pas ainsi. Pour les hommes du désert, la fdie d^Amrou, la petite-fiUe de Dharb et de Ha«san n'était jins qu^une RoiMine, une Grrecque, uneAugusta égarée dans les mers de sable. Ses sujets la soutinrent mollemait. Poursuivie par Aurélien , empereur sorti des derniers rangs de la milice , elle tomba dans ses mains et ne se démentit point, car la capricieuse mobilité de sa vie, l'inconstante variété de ses pensées, ne pouvaient la conduire qu'à la faiblesse et au désaveu. Par un bonheur inespéré, Aurélien vit une reine dans sa captive ; son cœur de vieux sddat s'ouvrit à cette noble impression* Lui qui jusqu'alors, plus dur que ses centurions A ses tribuns, couchait envdoppé dans un manteau de laine grossière, et ne permettait pas & sa femme le luxe effréné d'une robe de soie ; lui aussi fut saisi du vertige oriental. Dédaignant le laurier des Césars, il ceignit du diadème sa tête enivrée et troublée. Cette soie, si longtemps repoussée par sa modestie, descendit à longs plis sur
MD corps brisé par Jes combats, et ses pieds rogueux M louchèrent plua la terre qu'euYeloppés daus une pourpre brodée de perles* Un temple du Soleil s'éleva dans Rome à l'imitation de la Syrie. Deux chapiteaux couchés aux pieds des chênes Terts des jardins Golonna attestent encore la prodigieuse grandeur de cet édifice* Elagabaal lui-même fut au moment de rentrer au Gapitole; tout devint syrien après rabaissement de la Syrie (i). La suite d'un lel éfènement fut un triomphe peu glorieux pour Aurélien» ignominieux pour Zénobie : l'Auguste se transforma en une sorte de roi de Palmy re, et la reine de Ppilmyre en Augusta déchue. On n'approcha plus Aurélien qu'en baisant la terre devant son trône. Zénobie oubliant à jamais et Longin et le Sublime f vécut, dit-on^ en dame romaine» el attira probablement dans sa villa de Tibur les grands poètes de celte petite époque littéraire. Désormais nonchalante et reposée, elle prêta l'oreille aux poèmes de Némésien sur la chasse et la pêche, ou bien aux vers de Galpurnius, sur moins encore el sur rien.
Le règne d' Aurélien, bientôt abrégé par le glaive, passa trop vite pour servir d'exemple ; il semblerait au contraire, que ses excès de fantaisie orientale inspirèrent plus de dégoût que de désir d'i*
(1) Vôpiic. ÎR Anrel.
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mitation; du moiliSi l'influenoe de TOrient sur rOcddeat futile, i oette époque, momentanément décroidSQDte. La crainte inspirée par les succès dek Palroyréniens tourna en indignation après leur défiiite. Rome ne put comprendre qu'elle eftt tremblé devant cette poignée d'Arabes» et par un contrecoup naturel» une réaction très tive se pro* Dooça de tous côtés contre Tintasion de TAsie. L'empreinte en dévint odletise; on s'eft)i^ de reftcer j et dans les rôvcis d'un enthousiasme naïf, où crut voir renaître non seulement la république de Pompée» mais celle de Gaton Tàncien. Un poète^ Galpnrnius, qui chantait les troupeaux et les bois, pour tromper sa faim et pour se distraire du spectacle de la guerre civile, s'interrompt au milieu d'une églogué et s'écrie avec enthousiasme : t L'âge d'or reqatt enfin avec la paix.. • . On ne verra plus les funérailles d'un sénat esclave lasser jusqu'au bourreau ; tandis que les prisons regorgent de sénateursy on n'en verra pas un faible reste errer comme des ombres, dans la Curie vide de ses Pères. Le calme renaîtra plein» entier, inaltérable. L'épée nue ne sortira plus du fourreau» comme sous le règne de Numa qui le premier enseigna la paix aux fils belliqueux de Romulus. La trompette silencieuse dans les combats» ne résonnera plus que dans les sacrifices. On ne verra plus à la faveur d'un marché honteux, de-
guisé en honneur public^ le consul muei de crainte, précédé de faisceaux illusoires, monter sur un vain tribunal. Le droit redeviendra inséparable de la loi. Le forum reprendra ses vieilles mœurs et son antique physionomie. Un Dieu plus doux consolera raflDiction de Tunivers. » (1)
Tels étaient alors le désir et l'espérance non seu* lement de l'aristocratie, mais de toutes les classes de citoyens. Les prétoriens eux-mêmes, qui Teûc pensé? se rattachèrent à cette chimère buooUqae. Us se sentaient las de jouer aux empereurs avec le sénat et de lui rendre tète pour tète. Montés sur les cadavres des deux Maximiens, des trois Gordiens,
(1) « Aorea secora com paoe renasdtar stas ,
ce
a Nulla caleoati lèralia pompa senatas
« Carnificum lassabit opos^ nec carcere pleno
a Infdix raros numerabit caria patres.
« Plena quiM adcrit , que , atricci nesda ferri ,
« Altéra Saturni revocet Latialia régna ,
« Altéra régna Num», qui primas ovantia cacde
« Agmina , Romaleis et adhuc ardeotia casiris ,
tt Pacia opus docult , jassitqae sUemibna armis
« loter sacra tubas , non inter bella , sonare.
« Jam nec adumbratt faciem mercatus honoris ,
« Nec vacnos tacitus fasces et inane tribunal
« Accipiet consul ; sed legibus omne reductis
« Jus aderit, moremque fori fultumque priorem
« Reddet , et adflictum melior Deus auferet ae?um.
Calp. edit. Clausen. Altona, in-S% 1807, p. 6, 8, lO.
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de BallriDy de Maxime, d'Aurélien, sans compter une trentaine de compétiteurs obscurs» les prétoriens se mirent à rêver la paix , du monde, Thon* neur de la république, Fintégrité du sénat. De ce (atte sanglant, ils lui tendirent une main amie, et loi abandonnèrent le choix du successeur d'Aurélien, dont ils exaltèrent les vertus et désavouèrent le meurtre (i).
Les sénateurs effrayés d'une déférence si inatttfidne^ refusèrent Toffire des soldats. Une contestation s'éleva. Les troupes insistèrent, le sénat per- ' sista ; trois fois la proposition des Prétoriens fut oferte par eux et repoussée par les Pères-Conscrits; huit mois s'écoulèrent dans ces alternatives d'une modestie singulière ou d'une civilité non moins étrange. Dans cet intervalle, l'empire resta tranquille : il n'avait pas de gouvernement. Les autorités nommées par Aurélîen continuèrent à exercer leurs fonctions. Il n'y eut pendant l'interrègne qu'une seule destitution et point de peine capitale. Cette paisible anarchie consolait un peu-' pie trop administré. Elle dut cependant faire pbce i un pouvoir reconnu, car les hommes ne se laissent jamais gouverner par quelque chose d'anonyme ; un but d'adulation ou de blâme leur est plus nécessaire qu'un bien-être vague. Enfin, le
(1) FhiT. Vopisc. in Tadt. Imp.
sénat 86 reodit aux vœux des soldais» et Iq combat se termiBa par une éleclion mémorable, Oo déféra l'empire à Tacite le sénateur^ parent du grand historien.
'La joie du sénat fut extrême, il crut amie re^ trouvé ses titres, son anetenne puissaoM^ Il y a quelque chose de prodigieusement naif dans celte explosion soudaine ; la caducité et l'en&nce s'y rapproehem et s'y rejoignent4 « L'amplissime sénat» à la CuriedeCarthagOt aa^ lut. -*- Qu'il soit bon» heureux» favorable» aalii^ taire à la ville et au monde» le droit qui aous est enfin reveou de décerner l^eo^ire» de nommer un prince, de choisir et de créer un Auguste. Rapportez-noua désermais les afiiices importMi^ tes. Tout est référé «u préfet de Rome ainsi que les arrêts du pvoconsul et des jugea erdinainee, C^'est vous replacer vous-même dans l'anliqiie dignité de voa fonetions. Comme ordre aupiême^ le sénat romjain en recouvraM aon autorité^ g^ raptit les droits deebaonn. »
« L'ampUssime sénat» i la Cwîe de Trénes. ^ Nous croyons san» peine que tous vox» «é^nîrez d*être aussi libreB que vous l'aves janaîs éfeé. Le % séniat reeoujvre k droit de nowMier le: priMe. Tonteales.causes sont évoquées à Rome ao triha^ nal du préfet urbain. » On écrivit dans le même esprit à Antioche , à Aquilée, à Blilan» à Alexstfoi*
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ctrie, à TkeBsaiooiqtte, à GoriDilie, à Athèoes. Voici quelques lettres particulières» échappées à tant de siècles.
« Antronius Tiberiaous , à son père Antronius < Jastus. — C'est .maintenant^ ô mon digne père, ê (pater $mcte) qu'il serait beau te voir opiner dans c noie auguste assemblée. Notre autorité s'est ae- € crue à tel point, que nous voilà rentrés dans tous c nos anciens droits ; nous donnons des prineest € nous ËBsons des empereurs, noua cheîsiasonsdes « Augustes ! Guéris^toi donc bien vite pour avoir « ie plaisîr de le trouver dans l'ancien sénat. Npus « avons repris le droit proconsulaire> Fappel des c causes mineures au préfet de la ville, etc. » Voici encore une autre lettre.
« Cbudiua Capellianos, à Cerejus JHetianus, son oncle, salut I -*- Grâce à l'armée romaine, et vratmeiit romaine, noua voilà enfin téinlégrés dans notre légitîne pouvoir. Qoilte donc ta retraite de Bayes et de Fouzzoles. Donne-toi tout entier à h ville, au sénat. I(ome fleinril, toute la répnbtique est en flenr. Noos donnons des empereurs, nons faisons des princes. Dèa à présent nous ponvona défendre ou commander, or* àotMeÊ on interdire. Suffit I A bon entendeur, salmO). 1
(1) « Dktem sapîenti sat est. » Flav. Vdpitc. in Ftoriano Imper.
Ces lettrée ôeritee par de jeunes sénateurs, pei gnent leur joie : elle était en effet sans mesure. Ils sacrifièrent des victimes blanches, siégèrent i rassemblée en toges blanches, a^ncèrent les heures des grands repas pour en jouir le plus tôt pos* sible et se crurent enfin revenus au bon temps» Us mirent surtout un grand soin à détruire ou du moins à paralyser le nom d'emp^eur, comme signe esidusif et particulier de la aouveraîneté, tel qu'il était accepté depuis Yespasien. Ils s'effor-* cèrent de le ramener à sa signification républicaine, et obtinrent le droit de préposer au commandement des armées et à la défense des frontières un simple praticien , reyètu du titre d'imperator. C'est ainsi que le sénat crut se mettre i la fois à Tabri du prince et de l'armée, comme si un mot était un rempart. Il oubliait qu'il devait cette liberté inattendue aux soldats qui, en adhérant à Té* lection de Tacite, avaient déclaré que le très noUe ordre s'y était porté par obéissance, conformément à leur volonté (I). Mais rien ne pouvait tempérer l'ivresse des sénateurs, ni leur faire connaître leur situation qui en vérité, n'avait subi aucun changement. Trop heureux de pouvoir maudire à leur aise l'hérédité de la couronne, ils n'en négligèrent pas l'occasion. Le consulaire Metius Falconius
(1) « Parait pra^ceptis et volantatis castrensimn ordo iUe oobîlîBsiiDus. » Yopisc. in Tac. Irop. VlII.