LIVRE II
Nicomachus supplia rempereut* Tacite, dans les termes les plus pathétiques, de ne jamais admettre cette fatale idée d'hérédité nouvellement introduite. Il le €onj ura surtout au nom de la patrie, de ne point nommer ses fils héritiers de l'empire, et de ne pas disposer de la république, des sénateurs et du peuple romain, comme de colons et d'esclaves. Il le conjura de regarder autour de lui et d'imiter les Nerva, les Trajan, les Hadrien (1). « C'est une t gloire immense pour un prince de mourir en • préférant la république à sa famille. »
Comme Tacite se défendait d'accepter leprincipa' tus et motivait son refus sur son flge avancé, l'éloge de la vieillesse sortit de toutes les bouches. Pour mieux décrier la jeunesse des princes, on parla des plus funestes produits de l'hérédité , on cita Catigula, Néron et Vincommode Commode (^). Ainsi plaisantaient les Pères conscrits. L'excès de la sécurité les poussait à l'excès du mauvais goût ; ils rejetaient les crimes des jeunes tyrans, moins encore sur leur perversité que sur leurs années. Ils oubliaient la vieillesse souillée de Tibère après une maturité dure et triste^ mais honorable. Ils criaient tous à la fois : ce Trajan, Hadrien, Antonin, arrivèrent
(1) Eiemples mal cboisis. Tous ces Césars eurent forte cœur l'hérédité de l'Empire.
(3) « Commodes, sAi potiùs semper incommodos. » Vopise. in Tacit.
• vieax à rempire (trente fois). N'avez-voos pas lu c dans VEfidde : Incanaque menta RegU Romam : la « barbe blanche du roi romaia (1) (dix fois)? Qoi « gouverne mieux qu'un vieillard (dix f<Hs)? Nous « te ferons non soldat, mais imperator (vingt fiûs). f Commande , et les soldats combattront (treale c fois). Tu as de la prudence et un bon frère (dix c fois) (2). » Ce fut précisément ce frère qui^ après la mort violente de Tacite^ s'empara de l'empire, à titre héréditaire ; mais les prétoriens se reposaient de leurs travaux ; ils n'étaient plus là pour dél»dre l'hérédité. L'opinion du sénat l'emporta cette fois. Florien, frère de Tacite, périt à son tour, et Probus, candidat du sénat , fut créé prince aux acclama* tiens méritées et unanimes de la Curie et de l'ar* mée.
Ce fut un digne choix. Probus retarda l'iavasion des Barbares qui se pressaient déjà sur les fcon* tièreSy mais il sieconda la réactioa républicaine fomentée par le sénat, rjlous sommes tellement habitués à copier les historiens de l'antiquité, que sur la foi des écrivains de parti ^ nous nous sommes pris à admirer jusqu'aux puérilités, accompagnement inévitable de toutes les réactions politiques. On nous vante dans les écoles, la naiveté de Probus qui, pow faire revivre les vieilles mœurs de Rome aux
(1) Vlrg.ifiMid.VI,v.SOa. ^
(9) Vopisc. in Tacîu « ,