LIVRE
Au lieu de manœuvres secrëles bassement désavouéeBOu noyées dans le 'sang, ia profession ouverte' et déclarée de ia vraie foi.
An lieu d'une augmentation de l'armée y là rédaction des troupes, la destruction des gardes prétoriennes si redoutables aux empereurs, et en quelque sorte, leur enrégimentement sous des bannières et des emblèmes uniformes (1).
Division de l'empire non plus en quatre parts souveraines et indépendantes, mais en quatre préfectures divisées elles-mêmes en diocèses et sulxlivisées en provinces ; exemple : préfecture des Gaules , diocèses de la Gaule , de l'Espagne, de la Bretagne; provinces de la Narbonnaise^ de la Tarracoaaise, etc.
Un sénat à Constaniinople, faible représentant mais rival redoutable du sénat de Rome.
Une cour comme celle de Dioclétien , caraclérisée par une invention qui appartient a Constantin ei qui suffisait pour porter un coup mortel aux anciennes dénominations républicaines : la création d'un corps, d*une famille permanente et héréditaire de princes du sang sous le nom de nobiBssimes et celle des patrices.
Après les deux consul^, mais au dessus des pro-
(1) Voir sur ce sujet un chapitre très curieux dans VHUMfedei elasies nobles par M. Granier de Cassagnac.
tôO HISTOIRE DE LA ROYAUTÉ.
consuls^ des préteurs, des sénateurs , des tribuRS, des illustres , des clarissimes » enfin de toute la hiérarchie romaine , tant ancienne que nouvelle, Constantin plaça les pairiees ; et cependant ces patrices n'eurent aucune fonction marquée dans l'état ; c'était un titre honorifique accordé par le prince; il n'entraînait aucune juridiction, n'empêchait rien, et allait avec tout ; c'est le premier exemple de ces titres sans emploi dont abonde notre organisation moderne. Quoique frivole en apparence, le titre de patrice est l'un des produits les plus importants de la politique de Constantin ; nous en verrons des applications inattendues et éclatantes. Il est vague , indéterminé , flottant, il échappe à l'analyse; mais il n'en a pas moins servi à confirmer, à donner, à inféoder des couronnes.
Constantin travailla hardiment à la reconstruction du pouvoir, et trouva dans les chrétiens de courageux auxiliaires.
La loi nouvelle fut établie, au nom du droit ancien. C'est comme chefs du culte que les empereurs chrétiens renversèrent et remplacèrent les dieux de l'empire : ils tinrent du paganisme lui-même le droit de le détruire. En établissant une religion nouvelle , ils n'agirent point comme Augustes, princes, consuls ou tribuns perpétuels, mais uniquement comme souverains pentàfes.
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De tous les titres dont les nouveaux maîtres du monde avaient dépouillé la république, celui de souverain pontife était devenu entre leurs mains riostruinent le plus puissant de destruction et de renouvellement) surtout, dès qu'il se fut agi d'^opérer une révolution dans le culte. Les attributions du souverain pontificat, déjà très étendues avant l'établissement de l'empire, avaient pris depuis Auguste et depuis Tibère, des proportions démesurées. Un collège des prêtres nommés, à différentes époques, tantôt par ses propres membres, tantôt par le peuple, exerçait sur le souverain pontificat une sorte de surveillance et de contrôle. Lorsque les empereurs eurent usurpé cette dignité avec toutes les autres , ils la proportionnèrent à retendue et à la grandeur de leur domination. Le pcoui/ex nuvmmus ne borna plus sa juridiction à Aoffle et aux villes suburbicaires ; les flamen , les augures , les prêtres du reste de l'empire, tant en Europe qu'en Asie et dans la Pentapole d'Afrique, leur furent entièrement soumis. Les empereurs, souverains pontifes, distribuèrent les sacerdoces aux I^inces de leur famille , ainsi qu'aux riches patrie» dans qui rapprochés. du maître par ces vains bon* neurs , se consolaient ainsi de leur impuissance politique. Seuls les empereurs-pontifes présidaient aux cérémonies , réglaient les sacrilices , autorisaient l'érection des temples, accordaient des dis^^
penses soit pour des mariages à des degrés prohibés , sok poar des séparatioQs coAlraires à la fome établie. Ils jugeaient , punissaient les vestales; et ce qui était le plus essentiel de leurs pri?il^esY lis chassaient ou adoptaient i leur gré les religions étrangères. C'est ainsi qu'après avoir interdit, persécuté t proscrit comme grands prêtres ce qu'ils appelaient les superstitions chrétienoesi ils établirent, ils confirmérefit, ils intronisèrent le christianisme par le même droit et en vertu da même pouvoir*
Il ne faut pas croire qu'en appliquant un droit ancien à l'établissement d'une religion nouvelle et en faisant servir les prén^tives de souverain pon* tiCè du paganisme au triomphe de la vraie foi, Constantin ait songé un seul moment i abdiqaer sa suprématie spirituelle. Si telle avait été sa pensée , il aurait rejeté loin de lui^ oomme l'a fait w de ses successeurs , les insignes du saeerdoce suprême. Bn qualité de souverain pontife^ il mit intronisé le christianisme, et, à ce titre, il crot toujours rester chef absoln de la religion. Oo a beau rassembler les textes, les comparer entre eux , se prévaloir d'un mot fugitif, profiter de la oouleur pieuse de quelque rescrit impérial, démenti bientAt par d'autres documents dictés dans un esprit tout opposé, la suprématie religieuse de Teroperetir ressort de tous ses actes ^ et principalement
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do plus grand de tous : le cpocile de Nicée. Non seulement Gonstaniin n'avail pas le moindre doute sur son droit spirituel , mais personne ne le con^ testait. Il était admis légalement par les païens , et les ehrélieBS n'airaient encore nul intérêt à cfis^ pater au pouvoir eivil une prérogative si avantageuse au progrès de la foi. En effet , dans cette pé-* riode, Tadhésion impériale était pour l'église un trophée et non une chaîne (i).
Les é^ues s'af^uyaient alors sur Constantin avec une saintojoie; ils le présentaient au monde, fiers d*avoir à leur tète un César chrétien. Contester son pouvoir, même sur Tégh'se, n'était alors ni dans l'intérêt ni dans l'intention de ses membres. Avant tout, il fallait montrer un successeur de Dioclétien au pied do crucifix.
Constantin (S) fait venir Osius , évêque de Cordooe , confesseur sous les empereurs idolâtres, presque un martyr, un saint (s'il n'avait pas fhitli un jour sur quatre-vingts années), enfin, une des lumières de l'église et de l'état, vieillard vénérable déjà éprouvé par la confiance du prince. « Pars, » loi dit-il, « va à Alexandrie, porte cette lettre au « prêtre Arius et an patriarche Alexandre ; elle est
(t) Toat ce qui est relatif au Pontificat souverain des emperears se trouve réwni , de la manière la plus complète, dans les T. XII et XV du recueil de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres : Mémoires de M. de La Basiie.
(9) HisL Ecd. Fleury , X, 49.
< adressée à tous deux en même temps ; cela suffira c pour les ramener à la raison. > Osius porte la lettre; elle est conçue en termes hautains et dédaigneux : « Je sais, écrit l'empereur » queUe est « vôtre dispute : toi patriarche ^ tu interroges tes € clercs sur ce que chacun d'eux pense d'un texte € de la loi , ou plutdt d'une question oiseuse. Toi t prêtre, tu proclames ce que tu n'aurais jamais do
< penser ou du moins ce que tu devais taire. L'in- I terrogation et la réponse sont ^lemeot inutiles; € loutcela est bon pour oc<iuper les loisirs ou exer- « oer l'esprit, mais ne doit jamais arriver aux oreil- « les du vulgaire. Qui peut bien entendre des i choses si hautes , si difficiles! , ou en èire le « digne interprète? comment le peuf^e peut-^il les « comprendre? Il faut réprimer sur ces matières « la démangeaison de parler , do peur que la raul- € titude ne tombe dans le blasphème ou dans le c schisme. Pardonnez-vous donc réciproquement € l'imprudence de la question et l'inconvenance de « la réponse. »
A en juger par ce récit d'Eusèbe (1)« mn panégyriste, Constantin ne savait pas même quel élait le sujet de la dispute ; pour lui, c'était une af&ire d'administration et rien de plus. Il était surtout contrarié de renoncer à un voyage projeté en Or^nt et en Egypte : il ne voulait point aller à Alexandrie
(1) Euseb. ru. Const. II, S9, p. MO Ed. Gant. , iTSe.