LIVRE II. 22i
cerles, au point de vue religieux, mais sous le rapport exclusivement politique et profane, ce grand personnage, cette figure colossale qui va remplir les siècles i l'auxiliaire redoutable , le puissant antagoniste des rois : le Pape I
Quoique limitée aux évêchés suburbicaires, la concession de Gi'atien était immense. Le pape hérita alors de toute l'ancienne juridiction sur les vestales et les autres ministres des dieux. L'assimilation fut complète avec le grand-prêtre et par conséquent avec l'empereur, seul souverain pontife depuis Auguste. 11 y eut à l'égard des choses sacrées, substitution du pape à Tempereur.
Jamais, jusqu'à ce jour, l'évéquede Rome ne s'était dit et n'avait pu se dire souverain pontife. Ce titre appartenait exclusivement au protocole impérial , et il y aurait eu démence et crime de lèse- majesté à émettre une pareille prétention. Aspirer à la robe du grand prêtre, c'eut été vouloir la pourpre, et il n'y avait pas plus d'apparence à s'intituler pottlt/ex maximus qu'à se nommer Auguste ou tribun perpétuel.
Toutefois^ par un de ces courants magnétiques qui impriment une sensation avant la cause qui l'a produite, par un de ces pressentiments qui donnent un corps aux idées les plus inattendues avant qu'aucune tète humaine ait pu les concevoir , on sentait déjà au deuxième siècle , sous les empereurs
2iSt .HISTOIRE DK LA ROYAUTÉ.
jpaïens les plus féroces, sous le règne de Sepiime on d'Héliogabalei que Vèvèque de Rome serait ud jour le souveraiu pooiife; et quoiqu'il ue prit assurément point un pareil titre , il lui fut décerDÔ par l'ironie de ses adversaires. Tertullien l'était alors : noble courage, apologiste sublime, généreux soldat dans le combat, mais antipathique à la conciliation , esprit de discorde et de haine qui aurait compromis l'Eglise naissante» si elle n'avait pris soin de s'en iséparer.
L'évèque de Rome recevait & pénitence ceux qui étalent tombés dans le péché de fornication après le baptême. Dans son livrcdela Pudicité(l),Te^- (f) « Audio eiiaai ediclaiq esse proposiiuiu , et quidein peremptorium; Pontifes sclKeel Maximus, episcopus episcoporum dicitP Ego Qt imach^B et fopnî^Uooia 4eiki^ pamfeefitli Ainctis dimill» Ediciuru oui adscribi non poterit bonum factuel. Et ubi proponelur liberalitas îsia P Ibidem opinor in ipsis libîdinum janùîs^ aubipaislifaidiouia^tui^. lilie ejusmodipœniiehtia promolgmifci est, ubi delitMjuenua ips/i yersabitiyr. » Q. ^epiîmii FlQreg* Teriol-^ liani Carlhagi. Presby. , etc. Parisiis, 1608. — De Pudicitia Liber. — Cap. I,.p. 999. —^ La haine, linjore, ressortent si évidemment de ee p^ss^^, qu'en le ciiuftt , w n apwiiliit <relnMiché ki dernière phrase. Fleury dit que Jes papes ne prenaient pas alors le titre de souverain pontife et que Teriullien le leur donne par ironie. M. 4e Ibistre^ilviHaidne, dans son livre du Pope (Lyoti, 1819, T. I, p. 48} avoue, (out en Hiterpré^aqt Iç pa^$agp.de )IÇ^lqlliefi dans un sens très opposé h cette remarque de Fleury, que le ion «st irrité et'méme unpeu sarcastîque. Cest uniquement pour re«ter ejn deçà d^ ce p9SSi)g.e c^|è|)re 4« TertjiUvfii qqe.noiis s'aroiis pas traduit le Pontîfex êcilicet Maximus par le $qi'disqnt souve^ rain pfjwUfi, En prenant l'ensemble de cette phrase avec ce qui préL oMe et ce qui sait, ce sens est évideniineMe^^i de Tertuilieii.