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LIVRE QUATRIÈME

quelque distance de Péterhof , les chevaux , essoufflés par cette course inusitée , s'abattent sur la route , et ne peuvent se relever pour conduire une voiture trop inégale à leurs forces.

Orlof, désespéré d'un retard qui peut coûter l'empire et la vie aux conjurés, laisse l'impératrice sur la route, s'enfonce dans les terres, découvre une maison de paysans, en ramène un chariot de campagne appelé kibitku, attelé de trois chevaux de labour, y fait monter sa souveraine, et, prenant lui-même les rênes, court à toute bride vers Pétersbourg, tremblant d'être prévenu par le jour.

On avait franchi la moitié du chemin, et les chevaux commençaient à perdre haleine, quand on aperçut à travers un flot de poussière une voiture venant de Pétersbourg , et courant au galop dans la direction de Péterhof. L'impératrice , Ivanowna , Orlof, tremblèrent un instant que ce ne fût la voiture de l'empereur attendu, venant d Oranienbaum surprendre sa femme, et se venger du complot découvert sur celle qui en était l'auteur et le but. Mais soudain la voiture, s'arrêtant et se retournant vers la ville, laissa voir Grégoire Orlof lui-même, qui venait presser l'arrivée de l'impératrice.

« Tout est prêt! » s'écria Orlof à sa souveraine sans descendre de voiture et sans perdre une minute en vain entretien. A ce mot, reprenant sa course vers la ville, suivi par le chariot de l'impératrice, les deux voitures traversent au lever du jour, au galop des chevaux, toute la capitale étonnée de la rusticité de ces équipages, et ne s'arrêtent que sur l'esplanade, où les casernes agglomérées des régiments des gardes forment une sorte de camp à l'orient de Pétersbourg.

Catherine, encore couverte de la poussière du chemin, et appuyée sur le bras de sa femme de chambre Ivanowna, descend du chariot, traverse à pied le vaste espace destiné aux exercices qui sépare la route des casernes, et s'avance pâle et tremblante vers les portes de la cour du régiment d'Ismaïlof.

Elle s'attendait à trouver ce régiment sous les armes, et à être accueillie par la multitude et par les acclamations qui décident du sort des journées. Le vide et le silence l'étonnent et la glacent: A peine un groupe d'une trentaine de soldats en chemise, achevant de s'habiller, semblent-ils s'apercevoir de cette femme qui hésite à franchir le seuil de leur cour. À la voix et au geste d'Orlof, ces soldats étonnés se groupent peu à peu autour de l'impératrice; elle reprend courage, et, se découvrant à eux, elle leur dit, d'une voix tremblante, " qu'elle vient se jeter dans leurs bras; que l'empereur avait donné l'ordre de la tuer, elle et son fils, leur tsarewitz; que les assassins, déjà partis d'Oranienbaum , la cherchaient en ce moment pour accomplir le forfait commandé ; qu'elle venait implorer d'eux non l'empire, mais sa vie et celle de son enfant. »

Pendant ce colloque entre cette femme inconnue et ces soldats groupés autour d'elle, les autres soldats sortent comme un essaim des casernes ; les officiers accourent. L'impératrice reprend son assurance ; elle les harangue, non plus en suppliante, mais en souveraine ; elle ordonne d'aller appeler l'aumônier du régiment, et d'apporter un crucifix. Le prêtre, entraîné par les soldats, se présente tremblant et hésitant, le crucifix à la main, sans savoir

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