‹ Histoire de la RussieChapitre 103 sur 269 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

un dernier signe de fidélité. Grâce aux détachements postés sur toutes les routes, Orlof et l'impératrice se croyaient sûrs de dérober au moins un jour et une nuit aux mesures de l'empereur pour lutter contre la révolution.

Pendant que le courrier de Bressan courait sur la route d'Oranienbaum, l'impératrice avait envoyé les soldats de la garde chercher le tsarewitz enfant, qui, sous la garde de Panin , son gouverneur, habitait un autre palais de la capitale. Panin, resté jusque-là dans l'ombre d'une révolution qu'il avait conçue sans l'accomplir et qui le dépassait de son premier élan, prit dans ses bras l'enfant en chemise de nuit, et l'apporta mal éveillé encore à sa mère.

Catherine, l'enfant dans ses mains, se présenta au balcon du palais aux regards attendris des soldats et du peuple, et l'offrit longtemps aux transports et aux bénédictions de la foule. Hélas! c'était ce même Paul I" qui, salué empereur par une révolution en plein jour, devait expirer dans ce môme palais sous la main d'une révolution nocturne, porté au trône par le crime d'une mère , précipité au tombeau par le crime d'une aristocratie! Mais nul n'entrevoyait un pareil sort à travers le délire de popularité armée qui entourait la belle impératrice, et qui excusait par ses dangers son forfait.

aOTB. COMPL. — XXXJ.

Comme pour délier la multitude des scrupules de son serment à l'empereur, ou comme pour prophétiser à ce prince sa destinée prochaine, l'impératrice et la princesse Daschkof, habiles l'une et l'autre en expédients et en artifices, faisaient au mi-me moment fendre les rangs de la foule et de's soldats par un magnifique cortège funèbre, suivi d'un nombreux clergé, dont nul ne connaissait le cadavre. Des rumeurs utiles à propager, et sans danger à dissimuler plus tard, répandaient dans la foule que c'était le corps de l'empereur Pierre III, mort ou tué dans la nuit précédente, à qui on rendait silencieusement les honneurs suprêmes.

Cette conviction de la vacance du trône, que personne n'osait sonder ou révoquer en doute, enlevait toute hésitation au peuple dans la proclamation de la veuve et du fils du souverain porté au tombeau.

• Nous avions tout prévu 1 » disait plus tard la princesse Daschkof, confidente de l'impératrice, quand on l'interrogeait sur cette mystérieuse apparition d'une sépulture sans mort. Cette fausse nouvelle, écrite le jour même par les conjurés et par les hommes crédules dans tout l'empire, aida beaucoup à l'unanimité de la révolution. Pourquoi les généraux, les soldats, les paysans, les esclaves, se seraient-ils obtinés à garder fidélité à un empereur enseveli? La crédulité populaire donnait du temps à la perfidie. .

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