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LIVRE QUATRIÈME

Un manifeste, rédigé, sous l'inspiration de l'impératrice, par le Piémontais Odart, était semé en même temps sur les têtes de la multitude , annonçant que l'impératrice Catherine, cédant aux vœux de ses peuples, montait sur le trône de sa chère patrie. Ce manifeste, habilement combiné pour flatter les préjugés russes , accusait, au nom d'une princesse étrangère, allemande, incrédule et licencieuse, l'empereur son mari de son origine allemande, de sa partialité pour le roi de Prusse T de son impiété envers la religion nationale et de son insoumission aux prêtres. « Enfin, s'écriait Odart en écoutant les acclamations qui s'élevaient de la foule à la lecture du manifeste impérial, je ne crains plus le supplice : ce peuple m'absout ! •

La cour entière de Pierre III avait déjà passé dans les appartements de l'impératrice. Dans un conseil de guerre et d'État, tenu debout par ses principaux complices autour d'elle, on se décida à abandonner à son propre enthousiasme la capitale, désormais compromise dans la révolution, et à marcher, sans laisser respirer l'événement, avec toute l'armée contre l'empereur. Il était midi. Les chefs du clergé russe, vieillards d'un aspect vénérable , rehaussés par leur costume sacerdotal , leurs chevelures et leurs barbes blanches, traversèrent l'armée avant son départ, portant la couronne, le globe impérial, les rituels; et, montant au palais au bruit des chants sacrés, couronnèrent l'impératrice.

À peine Catherine eut-elle dépouillé les ornements impériaux dont elle avait été revêtue pour la cérémonie,

qu'elle emprunta l'uniforme de la garde d'un jeune officier de même taille qu'elle; et, montant à cheval à la porte du palais, elle passa en revue l'armée, enthousiasmée de ses charmes relevés par l'uniforme, l'épée, le cheval manié avec la grâce virile d'une amazone. Les soldats jurèrent de vaincre ou de mourir pour elle. La princesse Daschkof, en habit de dragon et en casque d'or dont la crinière flottait sur son cou, galopait à côté de son amie , enlevant les yeux par sa beauté , lés cœurs par son éloquence. Pendant que les troupes défilaient vers la porte qui mène au golfe de Finlande , Catherine , remontée dans son palais, dîna rapidement près d'une fenêtre ouverte, où les régiments la saluaient en défilant.

Après ce dîner public, elle remonta à cheval, reprit la tète de l'armée, et, rencontrant à quelque distance de la ville un corps de trois mille Cosaques qui allaient rejoindre l'armée de l'empereur, elle les enleva d'étonnement et d'admiration par ses paroles et par l'ascendant de Kyrille Razomouski, leur hetman, en grossit son armée, et les amena à sa suite. La marche de cette armée sans ennemis, ivre de séductions et d'espérances, accueillie de village en village sous des arcs de feuillages et de fleurs, précédée par deux jeunes femmes en habit de guerre, ressemblait moins à une sédition militaire qu'à une saturnale de courtisanes et de soldats. Mais le nom d'impératrice, et le respect des Russes pour la mère de leur tsarewitz, imprimaient même à une révolution triomphante l'empreinte d'une soumission passionnée et d'un dévouement religieux à la maternité de l'empire.

La nuit arrêta l'armée de l'impératrice non loin de Péterhof, sur la route d'Oranienbaum. Ces deux palais de campagne sont bâtis à quelque distance l'un de l'autre sur les pentes qui bordent la Néwa, avant que ce fleuve se confonde avec le golfe de Finlande. Oranienbaum,

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