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LIVRE QUATRIÈME

bâti, comme on l'a vu, par Menchikof et fortiGé puérilement par Pierre III, qui se complaisait aux images de guerre, s'élève au sommet des dernières collines qui forment le bassin de la Néwa, à l'endroit où le fleuve, cessant de serpenter entre des rives boisées et marécageuses et des îles, se répand tout à coup dans un horizon d'eau presque sans bornes, semblable à une mer. Des terrasses d'Oranienbaum , le regard plonge à la fois sur les sinuosités de la Néwa, sur les sombres forêts de la rive droite du fleuve, sur le golfe arrondi de Finlande, et sur la ville et les fortiûcations de Cronstadt en face, port, citadelle et arsenal de Pétersbourg. Un faible rem part de quelques pieds d'élévation, surmonté de canons et gardé par une garnison de trois mille soldats du Holstein, compatriotes de l'empereur, donnait à la maison de plaisance de Pierre III l'apparence, les consignes et la gravité d'une forteresse. C'est de là qu'il croyait dominer Pétersbourg, menacer la Suède, intimider le Danemark, et simuler le héros de Potsdam.

Le matin du jour où avait éclaté la conjuration, l'empereur, prêt à partir pour Péterhof, où il était attendu pour célébrer sa fête, avait reçu de Pétersbourg, par le courrier du ministre de la police, le vague indice d'un complot et la nouvelle de l'arrestation de Passek. Ces indices étaient trop légers et le caractère de Passek trop décrédité pour inspirer à l'empereur une sérieuse attention à la dépêche.

« C'est un fou ! » dit-il avec dédain en parlant de ce conjuré à ses ministres ; et, sans donner à ces révélations

plus d'importance qu'on n'en doit aux propos d'une tête folle, il était monté en voiture ouverte avec sa maîtresse, quelques jeunes femmes de sa cour, et l'ambassadeur de Prusse. Des aides de camp et des courtisans le suivaient à cheval sur la route de Péterhof ; l'entretien était serein et gai comme le jour. Aucun pressentiment de danger, aucun nuage d'esprit ne pesait sur les imaginations du maître et des courtisans. L'aide de camp général de l'empereur, Goudowitz, précédant d'un quart d'heure le cortège , galopait vers les jardins de Péterhof pour annoncer à l'impératrice l'arrivée de son mari.

Péterhof cependant était déjà plein de doute, d'inquiétude vague et de chuchotements sur les événements encore inexpliqués de la nuit précédente. On avait trouvé le matin la chambre de l'impératrice, dans le pavillon, vide. Une sentinelle interrogée disait avoir entendu le galop d'un cheval dans les allées du parc; une autre avait vu deux femmes sortir de la porte du parc longtemps avant l'aube. Était-ce un enlèvement de l'impératrice par son mari, pour l'enfermer, comme on la menaçait, dans la prison mystérieuse divan, sur le lac Ladoga? Était-ce une évasion de Catherine, et le premier pas d'une conjuration qui aurait éclaté en son nom dans la capitale ? Des marchands et un villageois de Péterhof, partis le matin de Pétersbourg , ne rapportaient rien qui pût confirmer ces dernières suppositions. Tout était tranquille, disaientils, à leur départ, dans la ville, et les régiments se rassemblaient seulement aux champs des casernes pour célébrer militairement la fête du jour.

Un chambellan de l'impératrice, impatient cependant d'informer le tsar de l'absence de sa femme, dont il allait être étonné, s'acheminait lentement au-devant des voitures sur la route d'Oranienbaum , pour apprendre ou pour recevoir des nouvelles. Ce chambellan arrêta l'aide

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