LIVRE PREMIER
Une ligue des princes pour le salut de la patrie, inspirée par Monomaque , pacifie une seconde fois la Russie. Swiatopolk meurt en 1113. La reconnaissance nationale offre la couronne à Monomaque, ce Nestor des Russes. Il la refuse par désintéressement. L'anarchie renaissante le force à l'accepter plus tard (1 113-1 125).
Sous le nom de Wladimir et sous le titre de grandprince, il règne en arbitre plus qu'en souverain. 11 meurt en laissant à la Russie l'exemple et la mémoire du règne de la vertu sans tache sur le trône. Ses conseils à ses fils, écrits par lui sur parchemin et conservés dans les monuments de l'histoire russe, sont le code des rois. Ce saint Louis de la Russie avait la sagesse de Salomon et l'éloquence de Cicéron. Son testament est le commentaire de sa vie. Il avait épouse une princesse d'Angleterre, Gydda, fille d'Harold.
Son filsMstislaf hérita du titre de grand-prince. 11 vécut assez pour mériter le nom de grand homme. L'anarchie renaquit de sa mort. Usevold, son neveu, ne régna que de nom. L'œil se trouble, l'histoire perd le fil des événements obscurs et compliqués de son règne nominal.
Igor, son frère, régent, est précipité du trône par Iaserlof, et languit captif dans un souterrain de Pereïslave. Moscou est fondée par Georges Dolgorouki en 1 1 47, troisième Rome, disent les historiens de la Russie. Elle donne, comme Rome, son nom à un empire.
De 1154* à 1215, cette agglomération et ce déchirement alternatifs des princes et des principautés destinées à former bientôt l'unité russe se perpétuent. L'invasion des Tartares les force à s'unir. Des masses irrésistibles s'avancent de Samarkande jusqu'à la mer d'Azof et jusqu'au Dniéper, dissipent l'armée coalisée des princes russes sur les rives de la Valka, et, après d'horribles dévastations, se retirent d'eux-mêmes comme un débordement passager (1223).
Ils reviennent en 1238, assiègent, emportent, incendient, égorgent Wladimir. « Les tCtes russes tombent comme l'herbe des champs sous la faux, disent les chroniques. Tel qu'une bète féroce, Bâty dévorait les provinces entières, dont il déchirait, avec ses griffes, les misérables restes. Les plus vaillants des princes russes avaient perdu la vie dans les combats; les autres erraient sur des terres étrangères, cherchant, parmi les peuples de religion différente, des défenseurs qu'ils ne trouvaient pas : ils avaient tout perdu, eux qui naguère se vantaient de leurs richesses! Les mères désolées pleuraient leurs enfants écrasés, à leurs yeux, par les chevaux des Tartares, et les vierges déploraient la perte de leur innocence; un grand nombre d'entre elles, pour conserver leur vertu, se perçaient le cœur ou se précipitaient dans des rivières profondes. Les femmes des boyards, qui jamais n'avaient connu le travail, qui peu de temps auparavant étaient couvertes de riches vêtements, ornées de colliers d'or et de bijoux, entourées enfin d'une foule