LIVRE QUATRIÈME
tiques, avertis par l'instinct de leur fidélité; ne le faites pas, elle vous fera mourir!
» — Pourquoi, leur disait avec l'accent d'un tendre reproche la favorite plus dévouée que prévoyante, pour quoi vous complaisez-vous à effrayer notre maître? »
Pierre, arrêté à ce dernier parti, puisqu'il ne restait plus ni temps ni moyen pour un autre, ordonna de cesser tout préparatif de défense, de démonter les canons de leurs affûts, de licencier les soldats, et de mettre les armes en monceaux à terre.
« Hé quoi! s'écria à cet aspect ^lunich, révolté de tant de résignation, ne saurez-vous pas demain mourir en empereur? Si vous avez peur des armes, prenez un crucifix en main pour vous protéger contre les sabres des soldats; ils n'oseront les lever sur le symbole de leur religion : et moi je me charge de combattre et de tomber pour vous. »
Mais Pierre ne répondit à ce reproche héroïque qu'en demandant une plume, et en écrivant une lettre soumise et lâche à sa femme. Il lui abandonnait l'empire, et il ne lui demandait que son duché de Holstein, pour y vivre en paix avec sa maîtresse la fidèle W'oronsof, et son fidèle aide de camp le Cosaque Goudowitz.
Il chargea de cette lettre l'officier général qui commandait le matin les soldats du Holstein. La foule des courtisans et des femmes se hâta de s'embarquer avec le porteur de cette lettre, pour fuir la contagion de l'infortune. La princesse W'oronsof et Goudowitz restèrent presque seuls avec l'empereur. Ses disgrâces semblaient accroître la tendresse de Tune et la fidélité de l'autre; Pierre n'eut pas du moins à reprocher à la fortune la pire de ses injures, la défection de l'amour et la trahison de l'amitié.
ŒCVR. COMF1..
L'impératrice, sans daigner lui répondre, lui renvoya par son messager le modèle de la renonciation à l'empire, qu'il fallait préalablement signer. Un homme déshonoré n'est plus à craindre. Pierre n'hésita pas à signer sa honte. La renonciation était ainsi conçue :
« Durant le peu de temps de mon règne absolu sur l'empire de Russie, j'ai reconnu en effet que mes forces ne suffisaient pas pour un tel fardeau, et qu'il était audessus de moi de gouverner cet empire, non-seulement souverainement, mais de quelque façon que ce fut; aussi en ai-je aperçu l'ébranlement, qui aurait été suivi de sa ruine fatale, et m'aurait couvert d'une honte éternelle. Après avoir donc mûrement réfléchi là-dessus, je déclare sans aucune contrainte, et solennellement, à l'empire de Russie et à tout l'univers, que je renonce, pour toute ma vie, au gouvernement dudit empire, ne souhaitant y régner ni souverainement, ni sous aucune autre forme de gouvernement, sans aspirer même d'y parvenir jamais, par quelque secours que ce puisse être. En foi de quoi je fais un serment devant Dieu et tout l'univers, ayant écrit et signé cette renonciation de ma propre main. ■
A peine Pierre avait-il signé ainsi, non sa défaite, mais son ignominie , que ses Allemands furent sommés