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LIVRE QUATRIÈME

de rendre les postes du palais et de se retirer sans armes dans les villages voisins, comme prisonniers de guerre. Il sortit lui-même d'Oranienbaum dans l'appareil d'un vaincu qui va implorer sa grâce, pour aller se remettre à la merci de sa femme. La princesse Woronsof, le maréchal Munich et son aide de camp Goudowitz le suivirent sur la route de Péterhof. Il redoutait l'effet de sa présence sur les corps de l'armée révoltée qu'il avait à traverser pour se rendre à Péterhof ; la sédition pouvait s'absoudre dans son sang. Heureusement les premières troupes qu'il rencontra furent les trois mille Cosaques rencontrés aux portes de Pétersbourg par les rebelles, et qui éclairaient maintenant l'armée de Catherine. L'aspect de leur empereur,, hier sacré à leurs yeux, aujourd'hui humilié et déposé , les exhortations de Goudowitz, leur compatriote , destiné à être leur hetman , imprimèrent un morne respect à ces barbares. Leur silence fut leur dernier hommage.

Mais aussitôt que les régiments des gardes aperçurent l'empereur, les cris de : « Vive Catherine! » accompagnés de gestes menaçants, d'injures soldatesques, de cliquetis d'armes, portèrent la terreur dans l'âme du prisonnier. Des groupes forcenés de soldats et de populace précédaient sa voiture au pied du grand escalier; il en monta les degrés sous les huées et sous les sabres nus de ses propres gardes; son favori Goudowitz, séparé du maître qu'il voulait encore défendre, fut foulé aux pieds des soldats. La princesse Woronsof, sa maîtresse, enlevée violemment de sa voiture, les cheveux épars, les vêtements en désordre , son grand cordon déchiré en lambeaux sur sa poitrine , fut poussée d'un groupe à l'autre par les soldats, comme un jouet de prostitution dans une cour de caserne; ni sa pâleur, ni ses larmes, ni ses cris, n'attendrirent la férocité et la vengeance de Catherine .

L'empereur, reprenant à ces cris le courage désespéré de l'homme outragé dans ce qu'il aime, monta avec un mouvement de rage convulsif les marches de l'escalier, en reprochant aux soldats l'opprobre de leur conduite. Ces reproches ne firent qu'activer leur fureur.

« Déshabille-toi! lui crièrent ses bourreaux.

.» — Me voilà entre vos mains, » leur répondit-il. Et, arrachant lui-même son cordon, son épée, son habit, ses bottes, il resta quelques moments nu, en chemise, exposé du haut du palier à la risée des soldats et de la multitude.

Jamais, chez un peuple qui se vante de sa religion pour le trône, la royauté avilie ne subit une pareille pas- Ston. Ni le procès de Charles I", en Angleterre, ni l'échafaud de Louis XVI, en France, ne dégradèrent de ces excès l'armée, le peuple et le roi. La mort peut avoir sa solennité dans l'outrage; la dérision ne l'a pas. 11 vaut mieux être la victime que le jouet de la multitude. Catherine, en laissant outrager ainsi son empereur, son époux, sa rivale, faisait plus que se venger : elle déshonorait sa vengeance.

Enfin l'infortuné souverain, arraché du trône, séparé de sa favorite et de son ami, foulant de ses pieds nus les marches de ce palais où il régnait encore le malin, fut jeté avec eux, sous des consignes impitoyables, dans des chambres basses du palais.

Pendant ces huées et ces outrages à l'empereur, l'impératrice tenait sa cour à Péterhof , aux acclamations de l'armée campée dans les jardins, et de la multitude

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