LIVRE QUATRIÈME
miner sa carrière. C'est pourquoi dous ayons ordonné de déposer son corps dans le monastère de Newsky, pour y être inhumé.
» Nous exhortons en même temps, en souveraine et en mère, tous nos fidèles sujets à faire les derniers adieux au défunt, en oubliant le passé, et à prier Dieu pour son âme, ainsi qu'à regarder cet arrêt inattendu du Tout- Puissant comme un effet des vues impénétrables que sa providence s'est réservées sur nous, sur notre trône et sur notre chère patrie. >
Le corps de Pierre III, apporté à Pétersbourg, fut exposé en effet pendant trois jours dans l'église de Saint- Àlexandre-Newsky. On l'avait revêtu, pour dépopulariser jusqu'à son cadavre , de son uniforme prussien , odieux aux Russes. La noirceur de son visage coloré par le poison, les traces des doigts des assassins empreints sur son cou, ne pouvaient laisser le moindre doute à ceux qui, selon l'usage russe, venaient baiser sur la bouche le visage de leur souverain ; soit que l'impératrice dédaignât de cacher avec trop de soin les traces de la violence qui faisait son titre à l'empire, et qui fondait la terreur de son nom ; soit plutôt que les Orlof, les Tieplof, les Baratinsky, exécuteurs de l'assassinat et surveillants de la sépulture, ne fussent pas fâchés, pour se prémunir contre la peine, de laisser entrevoir au peuple qu'ils avaient une complice sur le trône, et que cette complice les absolvait en avouant sans scrupule leur crime commun.
Le peuple, moins vendu que les soldats, suivit le cor-
tége funèbre en mêlant ses larmes, pour un empereur déjà regretté, à ses imprécations sourdes contre les gardes qui avaient trahi, livré et tué leur maître.