‹ Histoire de la RussieChapitre 119 sur 269 · XL · texte numérisé non relu

XL

Aucun des souverains de l'Europe, tous présents par leurs ambassadeurs à Pétcrsbourg, n'ignora le complot, la trahison domestique, l'usurpation, le poison, le meurtre du mari par les amants de la femme. Tous affectèrent d'ignorer ou d'excuser, et saluèrent, dans l'épouse adultère et dans la complice de l'assassinat, l'heureuse impératrice. La royauté par politique, la philosophie par esprit de secte, la littérature par vénalité, l'opinion par vogue, se complurent à voiler, à colorer, à exalter l'immoralité, l'audace, le forfait. La distance, la beauté, le trône, le bonheur du règne, grandirent et transformèrent l'attentat conjugal en coup d'État, dont l'absolution était dans le génie de Catherine.

Voltaire, Diderot, d'Alembert, le grand Frédéric, donnèrent honteusement, les uns par vanité, les autres par cupidité, ceux-ci par engouement, ceux-là par faiblesse, l'exemple de l'adulation au succès, et l'exemple pire de l'estime au vice et de l'indulgence au crime. Le siècle littéraire les suivit tout entier dans leur prostration de conscience devant une femme qui s'était faite veuve pour régner en homme sur le trône, en courtisane dans son lit. Le nom de Catherine II, patronne de la superstition à Moscou, patronne de l'impiété à Paris, exalté par les apôtres nés de la vérité et de la vertu à Ferncy et en France, corrompit plus les peuples que la longue impunité accordée par la Providence à son règne. Il y a des

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