LIVRE CINQUIÈME
Catherine avait dérobé l'empire par une conjuration : elle avait maintenant à le reconquérir sur ses complices, et à légitimer par le talent du gouvernement non le crime, mais l'usurpation. Ceux qui avaient été ses instruments allaient devenir ses obstacles ; mais si sa perversité de femme avait éclaté dans le complot, son génie de souveraine allait égaler son ambition.
Le grand Frédéric avait deviné le premier ce génie sous l'apparente légèreté de la femme. « L'empereur de Russie, écrivait-il le lendemain de la révolution de Pétersbourg, vient d'être détrôné par sa femme. On s'y attendait : cette princesse a beaucoup d'esprit et les mômes inclinations vicieuses qu'Élisabeth. Elle n'a aucune religion, mais elle contrefait la piété. C'est la répétition à Pétersbourg de l'empereur grec Zénon, de son épouse Adriana , ou de Marie de Médicis en France. Le pauvre empereur Pierre III a voulu imiter Pierre le Grand, mais il n'en avait pas le génie. »
Déjà l'impératrice, qui avait soulevé le peuple et l'ar-