LIVRE CINQUIÈME
parts. Depuis radoucissement que la visite de l'empereur Pierre III avait apporté à la captivité d'Ivan , une chambre de ce donjon était la demeure du jeune prisonnier. Les craintes de Catherine avaient ajouté à cette captivité une rigueur et une précaution de plus : deux ofliciers de la garnison, le capitaine Oulousief et le lieutenant Tcheskin, hommes de dévouement féroce, couchaient toutes les nuits dans la chambre du prince. Ils étaient porteurs d'un ordre, signé de l'impératrice, de tuer Ivan à la première tentative qu'on ferait pour le délivrer. Huit soldats d'élite gardaient le corridor et les passages qui aboutissaient à la chambre ; des factionnaires, l'arme chargée , formaient, de plus, une chaîne de postes continue depuis l'entrée des corridors intérieurs jusqu'au corps de garde, commandé par un autre officier. Pour que le meurtre d'Ivan pût s'accomplir sans que le sang rejaillît directement sur ses meurtriers , il fallait donc qu'une apparence de tentative d'enlèvement du prince fournît le motif ou le prétexte de sa mort aux geôliers, et fournît en même temps l'apparence d'une mort accidentelle à ceux qui auraient commandé, non le meurtre, mais la consigne.
Le hasard , le choix ou la police , cette fatalité des crimes d'État, avait présenté l'instrument de cette tragédie compliquée à Orlof ou à l'impératrice.
Le régiment de Smolensk formait en ce moment la garnison de la forteresse de Schliisselbourg. Un officier de ce régiment, nommé Wasiiî Mirowitsch, était un Cosaque de l'Ukraine, petit-fils d'un de ces traîtres, com-
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pagnons de Mazcppa, qui avaient soulevé leurs hordes, et combattu avec Charles XII, roi de Suède, contre le tsar Pierre le Grand. Les biens de cette famille avaient été confisqués pour crime de désertion à l'ennemi. Le jeune Wasili désirait à tout prix les recouvrer par quelque service éclatant ou occulte à l'impératrice. Son dévouement était sans scrupule comme son ambition, féroce comme son origine. Ses réclamations obstinées le firent connaître des agents de la cour. On lui insinua, dit-on, que la restitution du patrimoine paternel serait le prix d'un service dont la nature et le plan lui furent dévoilés.
Ce jeune homme, habile à laisser transpirer de faux indices pour détourner les yeux des véritables, s'entretint deux ou trois fois à Pétersbourg, avec des officiers subalternes du palais et de la garde, d'un plan d'évasion qu'il préméditait pour Ivan, et de l'effet foudroyant que produirait l'apparition inattendue de cet héritier légitime de l'empire venant redemander son trône au régiment des gardes. Il initia, ajoute-t-on, sur la foi du serment, à son complot, un lieutenant du régiment de Wéliki Louki, nommé Apollon Ousakof. Mais Apollon, noyé par accident peu de jours après cette confidence, perdit la trace du complot avec la vie.
Quoi qu'il en soit, Wasili Mirowitsch avait déjà passé une semaine de service au château de Schltisselbourg sans avoir trouvé l'occasion d'une tentative, et il allait en sortir avec son détachement, quand il obtint de ses chefs la permission d'y rester une semaine de plus, sous