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LIVRE CINQUIÈME

prétexte d'y remplacer un autre officier. Un certain Pliskof, trois caporaux et deux soldats, initiés et corrompus par lui, attendaient, dans l'espoir de larges récompenses, le signal que Wasili devait leur donner. On ignore si ces complices croyaient servir Ivan ou l'impératrice.

Le 4 juillet 1764, à deux heures du matin, Mirowitsch et les trois sous-officiers ordonnent au poste de cinquante hommes de prendre les armes et de marcher, sans dire pour quel motif et par quel ordre supérieur, à la prison d'Ivan. Les soldats obéissent passivement à leurs officiers : en traversant la place d'armes qui séparait le corps de garde de la prison, ils rencontrent comme par hasard le commandant de la forteresse Berednikof, qu'on croyait endormi depuis longtemps, et que quelques vagues rumeurs du complot tenaient sans doute éveillé et vigilant sur sa garnison.

Berednikof aborde Mirowitsch, et lui demande par quel ordre il déplace un détachement pendant la nuit. Mirowitsch, sans autre réponse, frappe légèrement le commandant du canon de son fusil, et le remet sans résistance et sans protestation à la garde de deux de ses soldats. Le commandant souffre patiemment cette violence feinte ou réelle. Mirowitsch poursuit sa route, et se présente à la porte du corridor qui mène à la chambre d'Ivan. Il somme les sentinelles d'ouvrir le passage, elles répondent par des coups de feu ; le détachement riposte par d'autres coups de feu sur les factionnaires ; mais, quoique à bout portant et dans un étroit corridor voûté, ce feu réciproque n'atteint ni les sentinelles ni les assaillants.

Cependant les cinquante soldats de sa suite s'étonnent de la résistance des gardes intérieurs ils somment leur chef de leur lire l'ordre en vertu duquel il leur fait vio-

1er tant de consignes. Mirowilsch tire de son sein un faux ordre préparé par lui au nom du sénat de l'empire, qui déclare l'impératrice déchue pour avoir été en Livonie épouser l'étranger Poniatowski, roi de Pologne, et qui appelle au trône Ivan. Les soldats crédules ne suspectent pas le décret du sénat, et saluent le nom d'Ivan d'acclamations. Mirowitsch fait monter une pièce de canon , et la pointe contre les portes encore fermées de la chambre d'Ivan.

Cependant le prisonnier, endormi auprès de ses deux geôliers, s'éveille au premier coup de feu ; il s'élance de son lit ; il entend ses geôliers intérieurs crier aux factionnaires de faire feu sur les soldats, il les voit fermer les verrous, tirer leurs sabres et les brandir sur sa tête ; il tombe à leurs pieds, il embrasse leurs genoux, en les conjurant de ne pas lui arracher la vie pour un crime dont il n'est pas complice. Les assassins semblent hésiter devant tant de jeunesse, de beauté, d'innocence: mais la voix de Mirowitech, qui, la mèche sur la lumière du canon, leur ordonne d'ouvrir la porte, semble l'emporter sur leur compassion ; ils le percent de plusieurs coups d'épée dans le buste et dans les membres. Ivan, jeune, grand, fort comme sa race, lutte en désespéré contre ses bourreaux : saisissant d'une main crispée le sabre d'Oulousief, il le brise, et se défend avec le tronçon ; mais pendant qu'il écarte ainsi un de ses meurtriers désarmé, l'autre le poignarde par derrièro et le renverse. Oulousief, s'armant alors d'une arme plus courte et plus terrible, le cloue à coups de baïonnette sur le plancher.

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