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LIVRE PREMIER

des Russes. La route de Kiva, en Crimée, était parcourue avec sûreté par les caravanes. Le commerce, les arts, la civilisation, pressaient la Russie de toute part à l'Orient et à l'Occident. Moscou, devenue la rivale de Novogorod, s'agrandissait sous ses princes aux proportions de la capitale de Crimée. Les grands-princes, jusque-là résidant à Kief ou à Novogorod, y concentrèrent la monarchie fédérative de la Russie. En 1367, à la suite d'un incendie qui dévore Moscou, le Kremlin, bâti jusque-là en bois, est reconstruit en pierre.

Malgré les guerres civiles et le long assujettissement aux Tartares, l'agriculture, le commerce, les arts, la poésie même, ce premier art des peuples primitifs, parce qu'il est le cri ou le chant de l'âme, avaient fait de la civilisation russe, aux quatorzième et quinzième siècles, une civilisation mixte, participant à la fois de l'extrême barbarie et de l'extrême raffinement des mœurs. Le tableau qu'en trace l'historien russe Karamsin prophétise un grand peuple germant de ce mélange de races asiatiques et européennes dans ces immensités presque inconnues alors de steppes, de neiges, de lacs et de forêts.

« Le commerce , dit-il , était considérable déjà en Russie; nous commencions à adopter les monnaies de métal au lieu des peaux de zibeline, longtemps notre unique monnaie.

» L'antique et célèbre voie grecque (le Dniéper) s'était, il est vrai, fermée pour nous; mais nos marchands parvinrent à s'ouvrir de nouvelles communications avec

l'Orient, par les Tartares de la horde, et avec Constanlinople et l'Occident, en descendant le Don jusqu'à Azof. Ceux qui faisaient le commerce des tissus de soie portaient, à Moscou, le nom de Sourojéens, pris de la mer de Souroge ou d'Azof. Ces négociants tenaient le premier rang parmi leurs confrères, avec ceux qui vendaient les draps d'Allemagne qu'ils recevaient de Novogorod, où florissait alors le commerce des villes hanséatiqucs. Les Russes échangeaient leurs fourrures contre ces marchandises étrangères.

» La Russie, abondant en bêtes fauves et en oiseaux, était le paradis des chasseurs. La terre était encore couverte de forêts épaisses, impénétrables; et la tranquillité qui régnait dans ces profondes solitudes favorisait la propagation des animaux de toute espèce : de même que dans le onzième siècle les chevaux sauvages, les buffles, les sangliers et les cerfs erraient dans les forêts de la Russie méridionale, ainsi vers le quinzième les castors, les chèvres et les élans jouissaient de toute leur liberté dans nos provinces du Nord; les cygnes nageaient par troupes nombreuses dans nos fleuves et dans nos lacs.

» Nouvellement peuplée, en proie â des guerres sanglantes, fréquemment exposée aux horreurs de la famine et de la peste, la Russie, pauvre en hommes, était par cela même riche de ces trésors bruts de la nature, dont une trop grande population tarit bientôt la source. Les marchands de la horde, domiciliés à Moscou, à Tver et à Rostof, nous amenaient les produits de l'industrie asiatique, ainsi que des chevaux, et, indépendamment de nos fourrures précieuses, ou de celles de la Permie, ils prenaient en échange une grande quantité de faucons et d'autours apportés des pays de la Dvina dans la grande

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