‹ Histoire de la RussieChapitre 14 sur 269 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

principauté. Les Russes- fournissaient aux Mongols les draps de l'Allemagne, et procuraient aux Allemands les marchandises de l'Asie. Kazan, qui avait remplacé le royaume de Bulgarie, servait d'entrepôt aux marchands moscovites ainsi qu'à ceux de l'Orient. Il était de l'intérêt des khans de protéger un commerce qui, en nous enrichissant, nous mettait à même de payer plus exactement le tribut à la horde.

» Marc-Paul, célèbre voyageur vénitien, qui, en 1270, fit un voyage dans la grande Tartarie , en Perse et sur les bords de la mer Caspienne, parle de la glaciale Russie. II rapporte que ses habitants sont blancs; qu'ils ont une belle figure, et que leur pays est riche en mines d'argent. Nous n'en avions point; mais, effectivement, nous possédions une grande quantité de ce métal que l'on recevait de l'Allemagne et de la Sibérie, par les Yougres. Les Novogorodiens promirent à Michel de Tver six mille livres d'argent, et en payèrent, en effet, à Vitovte près de soixante pouds, ce qui était énorme avant la découverte de l'Amérique. Nous ne savons point au juste la valeur du tribut annuel que nous payions aux khans; mais il est de fait qu'en 1384, chaque village était imposé à douze zolotniks d'argent, et un village était alors composé de deux ou trois maisons. Les villes donnaient quelquefois de l'or; les laboureurs versaient au trésor du grand-prince une grivna par soc de charrue, de même que les forgerons, les pêcheurs et les détaillants. Cette grivna équivalait à plus de deux zolotniks d'argent. Mais le commerce établi avec la horde nous ramenait, en effectif, tout le tribut envoyé aux Mongols. Enfin, nous avions tant d'argent, qu'il nous fut possible de renoncer aux kounes, c'est-à-dire à nos anciens assignats en circulation depuis plus de cinq cents ans , et

dont, au défaut de métaux, l'introduction n'avait pas peu contribué aux progrès du commerce et de l'industrie. Le trésor public, en empêchant la trop grande émission de cette monnaie de peau, sut en conserver la valeur jusqu'au temps de l'invasion de Bâty, époque à laquelle les kounes tombèrent tout à fait, les Mongols ayant refusé de les prendre pour de l'argent. Cependant elles eurent cours pendant quelque temps encore à Novogorod et à Pskof, dont les relations avec la borde étaient trèsbornées. Mais bientôt on y renonça, même dans ces deux villes, en raison des difficultés survenues dans les affaires commerciales avec les autres Russes, qui n'attachaient plus de prix aux kounes. Ce nom fut bientôt remplacé par celui de dienngui, et l'ancienne monnaie de peau fut, d'après le taux de l'argent, évaluée à la dixième partie d'un rouble. Il n'y a aucun doute que ce changement aurait pu avoir des suites fâcheuses pour le commerce intérieur de la Russie, où la quantité du numéraire se trouva tout à coup diminuée. Les villes marchandes avaient de l'argent; mais celles qui n'exerçaient qu'un petit commerce se virent obligées de recourir à différents signes pour représenter la valeur des objets. C'est ainsi que, dans la province de la Dvina, les morceaux de peau ou kounes ayant été abolis, on y subtitua de nouveau, comme monnaie, les peaux de martre et d'écureuil tout entières, ainsi que cela s'était pratiqué dans la plus haute antiquité; c'est-à-dire qu'on renouvela l'échange immédiat des marchandises, en usage parmi les nations à demi barbares.

» Nous remarquerons, relativement à notre commerce intérieur, que la liberté et les avantages dont il devait jouir étaient toujours un des articles des traités politiques. En fixant la taxe légale imposée sur chaque con-

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