‹ Histoire de la RussieChapitre 132 sur 269 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

plicable que l'autre, mais il n'était pas moins sinistre.

L'horreur en rejaillit avec tant de murmures contre l'impératrice, qu'elle n'osa, de quelque temps, rentrer à Pétersbourg. On allait jusqu'à craindre tout haut pour les jours de son propre fils , le tsarewitz Paul , qu'elle semblait haïr de toute la haine qu'elle avait portée à son père. Les questions de cet enfant l'importunaient, et ne pouvaient avoir de réponse : « Pourquoi, disait-il, a-t-on donc fait mourir mon père, et pourquoi ma mère occupe-t-elle un trône dont j'étais l'héritier? i

Ces alarmes, ces murmures, ces nécessités de coups d'État sanglants pour amortir le ressentiment d'un premier crime, contraignirent Catherine à se livrer de plus en plus à la protection ou à la domination d'Orlof, dont la faveur garantissait l'impunité et le crédit aux autres auteurs de la révolution. Ce règne soldatesque d'un strélitz humiliait Panin, ministre indolent, mais politique d'une trempe plus raffinée que ce favori du regard. Orlof, de son côté, offensé du moindre obstacle que Catherine opposait à ses caprices, s'indignait de l'ascendant de Panin. Forcée souvent de choisir entre le maître de son cœur et le directeur de sa politique, impératrice et femme tour à tour, Catherine s'efforçait en vain de réconcilier son ministre et son amant.

Orlof, soit qu'il voulût menacer Catherine de son indifférence, soit que le remords de ses crimes, mal récompensés tant qu'ils n'auraient pas le trône pour récompense, l'agitât déjà de la démence où il expira depuis, montrait une humeur farouche à sa maltresse.

niSTOIRE DE LA RUSSIE.

Il s'absentait de Pétersbourg pendant des semaines entières pour des chasses aux ours dans les sombres forêts de la Russie, ou pour des débauches avec des femmes perdues de mœurs, indignes rivales de la maîtesse de l'empire. Il affectait d'étaler ces infidélités à sa souveraine comme pour lui prouver le mépris des charmes qu'il avait achetés jadis par tant de hasards.

Les événements de Pologne, qu'elle avait semés et qui mûrissaient, suffisaient à peine à distraire Catherine de ses peines domestiques.

Les protestants et les catholiques de ce royaume se divisèrent en deux factions politiques armées, factions aisément fomentées dans des intérêts contraires par les cours catholiques de France et d'Autriche, et par les cours protestante et schismatique de Prusse et de Russie. Les catholiques, voulant exclure les protestants du droit de suffrage, firent rendre un décret qui déclarait coupables de haute trahison les dissidents qui invoqueraient la protection des cours étrangères. A la diète de 1766, la Russie et la Prusse présentèrent au roi Poniatowski des réclamations en faveur des protestants leurs clients. La noblesse catholique s'ameuta contre ces réclamations. Le roi, qui voulut intervenir pour concilier les deux partis, fut accusé, en face, de connivence avec l'étranger. Il se retira injurié de la diète; des rigueurs atroces contre les dissidents furent votées par la noblesse, affectant le zèle religieux pour exclure les ennemis du gouvernement et de la patrie. Des confédérations, sorte d'anarchies armées, dernière raison des Polonais dans

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