LIVRE CINQUIÈME
leurs querelles, se formèrent. La Suède, la Prusse, la Russie, s'armèrent pour la cause, juste au fond, des confédérés dissidents, qui ne demandaient que l'égalité politique pour les sectateurs de toutes les communions (1767).
Radziwil, chef des nobles catholiques intolérants, fut nommé par cette aristocratie maréchal d'une confédération armée; il éleva pouvoir contre pouvoir, dans son palais de Varsovie, en face du roi Poniatowski. Les Russes, campés près de Varsovie, enlevèrent le tribun de cette confédération, l'évoque de Cracovie. Radziwil réclama le prisonnier; Poniatowski lui-môme intervint pour obtenir réparation de l'outrage. Le prince Repnin, commandant des forces russes, refusa de le rendre, et l'envoya, avec quelques autres agitateurs, au fond de la Russie, où ils subirent six ans d'exil. Les ministres de Prusse, de Suède, de Danemark. d'Angleterre, soutinrent la violence de Repnin, à la fois ambassadeur et général en Pologne : Repnin affectait d'effacer le roi lui-même dans sa capitale. Poniatowski, moins roi que client des Russes, vivait en captif dans son palais, méprisé d'un des partis, haï de l'autre, odieux à tous.
Les plans de partage se délibéraient ouvertement entre le roi de Prusse et Catherine, sous prétexte d'étouffer cette perpétuelle anarchie. Le duc de Choiseul, qui gouvernait alors en France, ministre plus spirituel que résolu , crut obvier à ce partage en suscitant les Turcs contre la Russie : « Je vois avec peine, lit-on dans sa dépêche à M. de Vergennes, son ambassadeur à Constantinople, se former dans le Nord une ligue qui deviendra formidable pour la France. Le moyen le plus certain de rompre ce plan , et peut-être de renverser de son trône usurpé l'impératrice Catherine, serait de lui susciter une guerre; il n'y a que les Turcs à portée de
nous rendre ce service. Si vous espérez pouvoir y parvenir, si vous le croyez possible, on vous fera passer tous les secours en argent qui seront nécessaires. »
Le divan n'eut pas besoin des incitations et des subsides de la France ; son antique amitié pour la Pologne, qui avait vécu tant de siècles sous le patronage ottoman, lui suffisait. Il offrit ses armées au roi de Pologne Poniatowski contre les Russes et les Prussiens coalisés. Ce roi timide les refusa, sous prétexte que les frontières et l'indépendance de son royaume n'étaient point menacées. Ce refus de complaisance pour Catherine ajourna la guerre.
Catherine profita de cette prolongation de la paix pour promulguer un nouveau code. Ce code, extrait des écrits de Montesquieu, fut présenté et discuté en présence de tous les députés des peuplades nombreuses et diverses de l'empire.
« Qu'avons-nous besoin de code écrit? dit un Samoyède au nom des pasteurs errants de sa nation; nous faisons paître paisiblement nos rennes. Faites des codes contre nos voisins et contre vos gouverneurs russes, pour arrêter leurs exactions et leurs brigandages. »
On parla d'affranchir les paysans serfs. La noblesse, propriétaire d'hommes, s'émut; les paysans, agités par le mot de liberté, fermentèrent. Catherine comprit le péril d'une idée neuve et juste présentée aux espérances des uns, aux terreurs des autres ; elle se hâta de dissoudre ce congrès national, qui commençait à sentir trop sa force et son droit pour la sûreté du despotisme. Elle