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LIVRE CINQUIÈME

Les prétextes d'intervention et de démembrement, multipliés par de telles anarchies à Varsovie, décidèrent Catherine à faire la paix avec les Ottomans, pour concentrer son ambition sur la Pologne. Grégoire Orlof dut aller la négocier à Fokzani; Romanzof continua tout à la fois la négociation et la guerre à Bucharcst.

Orlof, averti par ses aflidés d'une nouvelle passion de l'impératrice, accourut sans ordre à Pétersbourg pour perdre son rival, ou ramener à son joug impérieux son ingrate souveraine. Depuis longtemps ce joug pesait à Catherine. Son ministre Panin, sans cesse entravé ou dominé par l'impérieux Orlof, épiait l'heure du refroidissement entre la souveraine et le favori. Catherine, souvent humiliée des infidélités et des brutalités de son complice, croyait ne pouvoir congédier sans péril celui qui l'avait élevée à l'empire, et qui ne pouvait lui-même avoir de sûreté contre le supplice qu'à l'abri de son trône. D'ailleurs, le fils qu'elle avait d'Orlof, Babrinsky, était un lien vivant qui l'attachait encore au père. Souvent on la surprenait versant des larmes en embrassant cet enfant, dont les traits lui rappelaient ceux d'Orlof.

Un jour, surprise par Orlof lui-même dans un de ces retours de tendresse vers le passé, elle s'humilia jusqu'à lui proposer de l'épouser en secret, pour l'enchaîner à jamais à elle. Orlof, plus offensé qu'attendri par cette offre, lui répondit avec hauteur qu'une union secrète était une insulte, et qu'il se croyait assez grand pour porter publiquement le titre de son époux, ou assez fier pour le dédaigner. Cette réponse décida Catherine à

extirper de son cœur les restes de sa tendresse pour un homme qui aspirait à sa couronne plus qu'à son cœur.

Ce fut peu de jours après cet entretien qu'Orlof partit pour aller traiter des préliminaires de la paix avec le grand vizir à Foksani. Panin et les ennemis du favori profitèrent de son éloignement pour insinuer à l'impératrice qu'Orlof, en se chargeant lui-même de celte pacification, ne songeait à rien moins qu'à se créer un empire indépendant, en se faisant accepter des deux empires comme souverain intermédiaire de la Moldavie et de la Valachie. Cette supposition ne dépassait pas les rêves ambitieux d'Orlof : celui qui avait tant obtenu de la fortune se croyait le droit d'en espérer davantage.

Mais un regard de l'impératrice 6ur un jeune souslieutenant de ses gardes, nommé Wasilikof, fut plus persuasif que les insinuations de ses ministres. Wasilikof était d'une beauté et d'une stature qui rappelaient la jeunesse d'Orlof. Placé sans cesse sous les yeux de Catherine, comme pour nourrir son inclination naissante, par l'ennemi des Orlof, l'astucieux et féroce Bariatinsky, le sous-lieutenant fut élevé en peu de jours jusqu'au rang de chambellan intime de l'impératrice. Il parut aux yeux de toute la cour avoir hérité de tout l'amour dédaigné par Orlof; mais le génie manquait au nouveau favori pour nourrir la tendresse d'une femme que la beauté seule ne suffisait pas alors à séduire.

Orlof cependant, averti par ses amis d'une faveur qui menaçait d'effacer la sienne, partit sans ordre de Fokzani, et accourut à Pétersbourg pour gourmander sa souveraine et pour écraser son rival. Catherine, instruite de son retour et intimidée de ses violences, ordonna de lui refuser l'entrée de la ville, de doubler la garde du palais, et de placer des sentinelles à la porte de l'appartement de Wasilikof. Orlof, arrêté par cet ordre aux

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