LIVRE SIXIÈME
ragement des sciences, des lettres, du commerce, couvrirent, pendant ces années prospères de son règne les obscures intrigues du palais.
La première épouse que l'impératrice avait donnée à son fils venait d'expirer d'une mort prématurée. Catherine, qui la supposait capable de provoquer le grand-duc à la revendication du trône, l'avait dénoncée à son mari comme suspecte d'une inclination criminelle pour le comte André Razomouski. Elle avait éloigné Razomouski par l'ambassade de Naples.
Aussift après les funérailles, elle demanda pour le grand-duc la main de la princesse Dorothée de Wurtemberg, nièce du roi de Prusse. Le grand-duc partit avec Romanzof pour avoir une entrevue à Berlin avec sa future épouse. Frédéric le reçut comme le gage d'une indissoluble alliance entre la Russie et la Prusse, les deux grandes ambitions conquérantes du Nord.
«Vois ne voyez en moi, prince, dit-il avec une glorieuse affectation de modestie à l'héritier de Catherine, qu'un pauvre vieillard malade, à cheveux blancs; mais croyez que je sens mon bonheur et ma gloire en recevant dans ces murs le digne héritier d'un puissant empereur, le fils unique de ma meilleure amie, la grande Catherine. »
La princesse de Wurtemberg, arrachée par la politique à l'amour mutuel qui l'unissait à son fiancé, le prince de Hesse-Darmstadt, suivit de près le grand duc à Pétersbourg, où son mariage fut célébré. Elle embrassa, comme les grandes-duchesses destinées à l'empire, le
culte national grec, et prit le nom de Marie Zederowna. Elle fut la mère d'Alexandre, de Constantin , de Nicolas, de Michel, et de cinq princesses, que ce siècle a vus sur le trône ou sur les marches du trône de Russie.
Ces négociations pour un mariage servirent de voile au grand Frédéric pour négocier en secret avec Catherine le deuxième démembrement de la Pologne, et pour obtenir d'elle le détrônement de sa créature, le roi Poniatowski.
Déjà la cour de Russie, semblable au sénat de Rome, prenait parti par ses ambassadeurs, devenus proconsuls, dans les factions qui déchiraient les nations du Nord. Le Danemark, agité par la faction opposée de deux reines, la reine douairière et la reine régnante, venait d'être consterné par le supplice du ministre Struenzée, amant de la jeune reine, et par l'emprisonnement de sa complice. La Suède venait de voir son roi Gustave III s'affranchir par une révolution militaire du joug de la diète , et proclamer une constitution qui rendait le pouvoir à la royauté. La Russie s'affligeait d'une révolution qui, en contenant les factions, enlevait les points d'appui à ses intrigues en Suède. La France, au contraire, parles conseils sages de son habile ambassadeur, M. de Vergennes, prêtait son appui et son or à Gustave pour refréner l'influence russe à Stockholm.
Gustave III, menacé par Catherine, vint à Pétersbourg pour neutraliser les ressentiments de cette cour. Ce voyage flatta Catherine sans l'endormir; elle vit dans le jeune roi de Suède trop de fierté pour un vassal, trop d'audace pour un complaisant, mais aussi trop de légèreté pour un ennemi longtemps dangereux. Elle attendit que les germes de ressentiment se fussent développés par le temps en Suède, et reporta ses regards vers la mer Noire.
Romanzof, par ses ordres, revendiqua pour sa souve-