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LIVRE SIXIÈME

raine le protectorat de la Crimée, où la Russie soutenait de ses armes le khan Sahim- G heraï contre le khan légitime. L'impératrice se déclarait en même temps protectrice des populations grecques de Valachie et de Moldavie; elle exigeait que les princes précaires de ces provinces, nommés et révoqués par le sultan, fussent inamovibles, pour s'inféoder leur dynastie.

La France, dans un futile intérêt de rivalité de services avec l'Angleterre, inclina le divan à une partie de ces concessions. Catherine, appuyée par la France à Constantinople, régna déjà de fait en Crimée. L'ambassadeur de France, M. de Saint-Priest, reçut, en or et en diamants, des présents dignes du service. Par cette diplomatie à contre-sens, la France livrait elle-même à la fois la Pologne, la Turquie, la Tartarie et la Perse aux Russes. Nos guerres d'aujourd'hui ne sont que les expiations de nos fautes de cette époque à Constantinople.

L'invasion de la Bavière par Marie-Thérèse et Joseph II, contre les vues et les intérêts du grand Frédéric, menaça un moment d'allumer la guerre entre la Russie, l'Autriche et la Prusse. La France, avec la même complaisance pour Catherine, concourut par son plénipotentiaire, le baron de Breteuil, à l'union de ses ennemis naturels. Le congrès de Tcschen (mars 1779) assoupit le différend, en accordant à l'Autriche une portion de la Bavière. La France n'en recueillit d'autre fruit que la signature d'un traité de neutralité armée de toutes ces puissances peu maritimes du Nord pour refréner l'omnipotence des Anglais sur l'Océan. Une flotte valait mieux pour la France que cette ligue, aussi facile à rompre qu'à former.

VU

Les succès de rimpé;atrice, depuis le Bosphore et le Danube jusqu'à la Baltique et la Bavière, ne suffisaient pas à la distraire de l'amour. Ce sentiment semblait se rallumer dans son cœur avec les années, comme un bonheur auquel on s'obstine d'autant plus qu'on le sent plus près de s'é\anouir.

Le jeune et beau Landskoï , né d'une famille honorable, et simple chevalier dans la garde noble du palais, avait été depuis longtemps remarqué en faction à la porte de l'appartement, par sa souveraine. Landskoï avait frappé Catherine par une expression de candeur et de modestie juvéniles qui contrastaient avec la jactance d'Orlof , la majesté de Potemkin, la barbarie de Zoritch, la vanité de Korzakof. Ses regards respiraient l'amour pur, respectueux, timide , dont les femmes dépravées chérissent encore l'image, môme après en avoir perdu le sentiment. Landskoï sembla rajeunir et purifier le cœur de Catherine. Elle avoua son inclination à Potemkin, avant de la déclarer par ses aveux à son nouveau favori. Potemkin exigea pour sa condescendance un tribut supérieur à celui qu'il avait reçu des précédente. Au prix de deux cent mille roubles donnés à Potemkin par Landskoï, l'impératrice obtint la permission d'élever jusqu'à elle le plus cher et le plus désintéressé de ses amants.

L'empire put s'humilier, mais il n'eut jamais à s'indigner de cette préférence. Le temps de sa faveur ne fut qu'une ère de félicité domestique pour Catherine, d'administration maternelle pour la Russie, de grâces, de nobles plaisirs pour la cour. Landskoï s'efforçait

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