‹ Histoire de la RussieChapitre 156 sur 269 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

enfin chercher les combats, dans la ferme résolution de vaincre ou de mourir. — Si j'en reviens, ce sera une faveur insigne du Tout-Puissant. Je ne désire de voir prolonger mes jours que pour pouvoir les terminer avec gloire. Telle est mon inébranlable résolution.

» Vous, qui avez toujours été mes compagnons fidèles, je vous ai convoqués pour vous exhorter à suivre mon exemple dans cette conjoncture décisive. S'il est quelqu'un de vous qui ne se sente pas le courage de mourir au champ d'honneur, il peut le déclarer librement; il trouvera grâce devant moi, et il recevra soudain son congé. Ceux, au contraire, qui manqueront de cœur en exécutant mes ordres dans une action ne doivent pas s'attendre à pouvoir s'excuser, en attribuant leur fuite aux vents contraires ou à la désobéissance de leurs matelots ; car je jure par Mahomet, et par la vie du sultan, que je leur ferai trancher la tête, ainsi qu'à tout leur équipage. Mais celui qui montrera du courage en s'acquittant de son devoir sera récompensé avec largesse. Que tous ceux qui voudront me suivre à ces conditions se lèvent donc, et jurent de m'obéir fidèlement! »

A ces mots, tous les capitaines, s'étant levés, jurèrent de vaincre ou de mourir avec leur grand amiral.

« Oui, s'écria-t-il a ors, je vous reconnais pour mes braves et fidèles compagnons ! Allez, retournez à vos vaisseaux. Faites assembler les équipages; communiquez-leur ma harangue ; recevez leur serment, et tenezvous prêts à appareiller demain ! »

Les Tartares de la Crimée et du Kouban répondirent au cri de guerre d'Hassan par des tentatives de soulèvement contre les Russes. Gustave III, roi de Suède, fut le seul des rois de l'Europe qui osa embrasser la cause des Turcs. Sa flotte s'empara des frégates russes qui croisaient à la hauteur de la Suède; lui-même, profitant du

moment où tontes les troupes de l'impératrice marchaient au midi contre les Ottomans, s'avança sans résistance jusqu'à Frederikshane.

La capitale découverte ne semblait plus un asile assez sûr pour Catherine; on crut qu'elle allait se retirer à Moscou. On entendait de Pétersbourg le canon des Suédois retentissant en Finlande. Elle se montra égale au danger, supérieure à la crainte.

« Je vous écris au bruit du canon qui fait trembler les vitres de mon palais, mandait-elle en ce moment à son correspondant le prince de Ligne, et ma main ne tremble pas. »

L'amiral Greig, officier anglais à son service, sortit enfin de Cronstadt, et défit l'escadre suédoise à la bataille navale de Ilogland (juillet 1788). On négocia la paix. Gustave, quoique vaincu sur mer, imposait des conditions impérieuses, la restitution d'une partie de la Finlande à la Suède, et la médiation de la Suède pour terminer la guerre de Catherine contre les Turcs.

«Quel langage! s'écria Catherine. Quand le roi de Suède serait déjà à Moscou, je saurais lui apprendre ce que peut une femme comme moi sur les débris d'un grand empire! »

L'armée suédoise, travaillée par la faction russe et par les mécontents de la révolution qui conspiraient à Stockholm, abandonna tout à coup Gustave à son héroïsme isolé, et refusa de marcher plus avant contre la Russie* Le roi, désarmé, ramena en frémissant ses troupes à Stockholm. La paix fut lignée à Werela.

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