‹ Histoire de la RussieChapitre 16 sur 269 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

» Il est certain que l'ancienne Kief, embellie par les chefs-d'œuvre des artistes byzantins, animée par l'affluence des marchands grecs, allemands et italiens, l'emportait de beaucoup snr la ville de Moscou du quinzième siècle; cependant nos mœurs n'élaient pas devenues assez grossières pour faire perdre à notre esprit toute espèce de force créatrice, pour l'empêcher de faire aucun progrès. La Grèce, jusqu'au moment de sa chute, ne cessa d'influer sur l'état de la Russie. Nous lui fournissions de l'argent, et si, en échange, elle nous envoyait des reliques, elle nous procurait aussi des livres. La Bibliothèque des patriarches , à Moscou, connue dans le monde savant, fut fondée, par nos métropolitains, à l'époque nu me où nous gémissions le plus sous le joug des Tartares; et, riche en manuscrits théologiques, elle ne l'était pas moins en productions anciennes de la littérature grecque. La connaissance de cette langue était presque indispensable aux membres du haut clergé, continuellement en relation avec Constantinople; et la dépendance de notre Église, si nuisible sous le rapport de la politique, favorisait en Russie la propagation des lumières, ou, du moins, en entretenait toujours quelque étincelles parmi les ecclésiastiques.

i Les laïques, curieux de s'instruire, allaient puiser la science dans les monastères; ils interrogeaient les religieux sur les principes du christianisme, sur les bases de la morale, et même sur les événements politiques des temps passés, car c'était là, comme jadis, que vivait l'histoire de Russie; c'était là que l'éloquence patriotique des moines déplorait le sort de la patrie, et mêlait d'utiles leçons au récit touchant de ses malheurs. L'annaliste de Volhynie cite quelques passages d'Homère; celui de Moscou parle de Pythagore et de Platon. Indépen-

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damment des livres d'église et de piété, nous avions reçu . des Grecs l'histoire universelle et différents récits historiques, moraux et fabuleux; par exemple : les Exploits d'Alexandre fe Grand, traduction d'Arrien; Sinayripe, roi des Adors; les Héros de C antiquité; les ftichesses de tlnde, etc. La seconde de ces nouvelles est un conte arabe publié en langue française dans la continuation des Mille et une Nuits, vraisemblablement traduit du grec en russe au treizième ou au quatorzième siècle. Les plus remarquables productions de notre littérature, à cette époque, sont la description poétique de la bataille de Koulikof, et l'éloge de Dimitri Donskoï. Le premier de ces poèmes, composé par un prêtre rézanais, nommé Sophronime, nous rappelle, dans plusieurs passages, le fameux chant d'Igor, quoiqu'il suit moins poétique.

» Nous en citerons les passages suivants. Voici comme le prince Wladimir parle à Dimitri :

■ — Nos voïevodes sont intrépides, les chevaliers russes b indomptables; ils ont des coursiers agiles, d'impéné- » trahies armures, des boucliers couleur de pourpre, des

* lances dorées, de lourds cimeterres. La Pologne leur a » fourni des poignards; l'Italie des carquois, et l'AHeo magne des javelots. Les bords de l'Oka et tous ses » détours sont connus à nos guerriers. Ils ont juré de » mourir pour la religion chrétienne et pour venger l'in- » jure faite au grand-prince Dimitri. La grande-princesse » Eudoxie, renfermée dans son palais doré avec les » épouses des voïevodes, est assise à la fenêtre qui re- » garde vers le midi; elle suit des yeux son époux chéri; ■ des ruisseaux de larmes s'échappent de ses beaux

• yeux, et, les mains jointes, elle adresse au Tout-Puis- . sant cette invocation :

» — Grand Dieu ! écoute favorablement la prière de ton

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