‹ Histoire de la RussieChapitre 162 sur 269 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

tique et soldat, alla languir dans les cachots de Pétersbourg. Souvarof, que le massacre d'ismaïl signalait à Catherine comme l'exterminateur sans pitié des capitales, emporta d'assaut le faubourg révolté de Varsovie, Praga, et y massacra froidement trente mille victimes, sans s'informer de l'innocence, de l'âge, du sexe. Varsovie le reçut le lendemain, couvert du sang de Praga (4 novembre 1794). La capitale fut incorporée comme le reste. Poniatowski, chassé du palais et relégué à Grodno sous une escorte russe et sous la protection du prince Repnin, alla y végéter d'une pension de l'impératrice. Trop voisin de sa honte, il demanda asile à Pétersbourg, et y mourut dans le mépris des deux nations et de la postérité.

Nous touchons à la fin du règne de Catherine. C'est le moment de jeter un coup d'œil sur ce qu'il fut à l'intérieur.

Catherine continua Pierre le Grand. Comme lui, elle s'efforça d'attirer les étrangers et leur fit distribuer des terres. Elle fonda plus de deux cents villes, en rebâtit et en embellit d'autres, surtout la capitale ; elle fit creuser des canaux pour porter l'abondance et le commerce dans tous ses États. Elle éleva des hôpitaux; elle ouvrit des écoles; elle fit visiter par Pallas des provinces inconnues de son empire; elle chercha enfin à répandre la civilisation autour d'elle. La révolution française lui envoya dans les nobles émigrés un contingent précieux ; elle l'accueillit par amour pour son pays et par haine de la France.

L'assassinat de Gustave III, roi de Suède, par Ankastrœm (mars 1792), bien qu'étranger à la révolution française, avait redoublé la colère de Catherine et de sa cour contre les Français : « Je suis aristocrate de situation, et je dois faire mon métier, * répondait-elle au ministre de France qui faisait appel à ses anciennes opinions libérales.

Les émigrés français, cherchant partout asile, pitié, secours ou vengeance pour leur cause, remplissaient son palais, et nourrissaient ses ressentiment» contre la révolution. Les princes français y étaient représentés par le prince Esterhazy, leur ambassadeur, complaisant de Zoubof. Il flattait ce favori du titre de sauveur des trônes. Les Bombelle, les Choiseul-Gouflfier, les Saint-Priest , les Calonne, les Langeron, les Richelieu, les Roger de Damas, les d'Escars, gentilshommes d'élite de l'émigration française, le comte d'Artois lui-même, depuis Charles X, apportaient à Pétersbourg leurs hommages, leurs ardeurs civiles, leurs illusions.

Us obtinrent de Catherine en 1794 des promesses, des subsides, des armements contre la France. Koutousof fut envoyé par elle à Conslantinople pour obtenir du sultan l'expulsion de tous les Français qui propageaient la liberté et l'impiété dans le monde. Elle se décida enfin à joindre aux flottes anglaises contre la France une escadre de seize vaisseaux et de huit frégates. Elle rêvait sur mer et sur terre la lutte inégale du vieux despotisme russe et de la liberté naissante ; elle ne doutait pas du triomphe. La mort la prévint.

Page 1